Vozinha : 40 ans et tous ses gants
Accrocheur de l’Espagne (0-0), le Cap-Vert a décroché un point historique pour sa toute première Coupe du monde. Auteur d’une grande performance, le gardien Vozinha s’est révélé aux yeux du grand public. La consécration pour le quarantenaire au parcours atypique.
Il était un titan face aux assauts espagnols. Infranchissable face à Ferran Torres, Gavi et Mikel Oyarzabal. Certes, ce trio offensif ne fait pas rêver, mais Lamine Yamal non plus n’a rien pu faire lors de son entrée face à Josimar José Evora Dias, dit Vozinha. Le gardien cap-verdien a été le grand artisan du point historique obtenu par les Requins bleus, pour leur premier match en Coupe du monde. Sept arrêts au compteur, et un titre d’homme du match bien mérité ! C’était beaucoup d’émotions pour le tout jeune quarantenaire, qui a fondu en larmes dans les bras de ses coéquipiers au coup de sifflet final. Plus solide face à la Roja que dans les bras de ses potes.
Ces yeux rougis disent beaucoup de la trajectoire de l’homme qui a tout connu avec sa sélection. Ces mêmes larmes qui coulaient lorsque, enfant, il était passé à tabac dans les rues de Mindelo, sa ville de naissance. Coupable d’être trop bon, trop fort contre les plus grands. « C’était parce que j’étais très à l’aise avec mes pieds, que j’étais combatif et rebelle, et que je n’aimais pas perdre. Je me faisais souvent bousculer, et chaque fois que je ne pouvais pas leur rendre la pareille dans ce genre de situation, je rentrais chez moi furieux, et ils se moquaient de moi en disant que j’allais me plaindre à mes grands-parents », expliquait-il lors d’une interview pour la FIFA. Il en fera une force, lui qui a été élevé par ces derniers, à la place d’un père militaire et d’une mère qui travaillait énormément. Josimar se fait désormais surnommé “Vozinha”. La “petite voix” en VF, celle de l’enfant moqué par les autres.
Globe-trotter
Heureusement pour lui, cette petite voix a mué depuis, mais elle ne l’a jamais empêché de s’imposer dans sa surface. Dès l’enfance, il jouait déjà dans les buts, préférant plonger dans les pieds des attaquants que dans les merveilleuses plages bleues de São Vicente. « J’étais l’un des meilleurs gardiens de mon île, mais quand j’étais enfant, j’étais un peu petit. Même si j’étais le meilleur, je n’ai pas été choisi lors des essais à cause de ma taille ». Déterminé malgré le manque de structures de formation, il signe à 21 ans au Batuque FC où il reste quatre ans avant de rejoindre pour quelques mois le club rival du CS Mindelense. Partir à vingt-cinq ans d’un championnat aussi peu avancé que celui du Cap-Vert quand on connaît la suite, voilà qui n’est pas banal. En 2012, direction un autre pays lusophone, en Angola. Une cinquantaine de matchs pour le Progresso, club de la capitale Luanda, et le gaillard d’un mètre 90 est prêt pour l’Europe.
J’ai pleuré après le match parce que mes grands-parents n’ont pas pu être là. Ils sont décédés il y a quelques années. Ma mère n’a pas pu venir non plus à cause d’un problème de visa et des frais que cela impliquait. Nous n’avons pas réussi à régler tout ça à temps.
Vozinha
En route pour la Moldavie et le Zimbru Chișinău pour une année, avant l’arrivée au Portugal, à Gil Vicente. Une connexion évidente. « Au fil des ans, je voyais beaucoup de joueurs quitter mon île, principalement pour le Portugal, car nous sommes l’une de leurs anciennes colonies. Avec le temps, mon désir et mes espoirs ont commencé à grandir ». Là encore, une seule saison avant de se stabiliser chez les Chypriotes de l’AEL Limassol. Cinq années dans la peau d’un titulaire et l’occasion de découvrir les joutes européennes de l’été. Décidément, bien à l’aise quand il joue sur une île. Son tour d’Europe se poursuit en Slovaquie (AS Trenčín) et au Portugal depuis deux ans à Chaves, en deuxième division. Une carrière singulière qui laisse néanmoins quelques regrets au gardien : « Pour être honnête, je suis satisfait de la carrière que j’ai eue, mais je sais que j’ai la capacité et la qualité de jouer dans des championnats bien plus importants ».
Une légende cap-verdienne
En revanche, il n’y a rien à dire sur sa carrière internationale. L’homme est de toutes les phases finales du Cap-Vert à la Coupe d’Afrique des nations (CAN), comme ses compères Ryan Mendes ou Stopira (comme Vozinha, nommé en hommage à un joueur de France-Brésil 86, le portier s’appelant Josimar Dias tel l’ancien latéral de Botafogo). 90 sélections, avec en point d’orgue ce parcours en 2024, où le portier a brillé avec son équipe jusqu’en quarts de finale. Pourtant, à son arrivée, il a fallu convaincre ses coéquipiers à l’image de l’ancien castelroussin Fernando Neves : « la première fois que l’on a joué ensemble en sélection, j’avoue que j’avais un peu peur car je n’avais aucune idée de son niveau. Puis tous mes doutes se sont dissipés en moins de dix minutes ! », comme il le confiait au Guardian. Cette qualification historique pour la Coupe du monde enfoncera le clou. Et enfin — pour l’instant — cette performance XXL face au champion d’Europe en titre. Alors que tout aurait pu s’arrêter après la malheureuse défaite aux tirs au but contre les Sud-Africains. Encouragé par les siens, Vozinha a finalement décidé de poursuivre.
« 𝗖’𝗘𝗦𝗧 𝗙𝗢𝗨 ! »
Vozinha qui découvre combien d’abonnés il a gagnés sur Instagram : il n’en revient pas ! 😭😭😭pic.twitter.com/Ck20Xr83Pv https://t.co/BdCIZ8bKCH
— Instant Foot ⚽️ (@lnstantFoot) June 15, 2026
Deux ans plus tard, le bonheur était immense sur la pelouse du Mercedes-Benz Stadium. Au point de voir en direct l’explosion de son compte Instagram. Mais il y a bien plus important : ces larmes, illustration d’une pensée émue pour ceux qui lui ont tout donné : « J’ai pleuré après le match parce que mes grands-parents n’ont pas pu être là. Ils sont décédés il y a quelques années. Ma mère n’a pas pu venir non plus à cause d’un problème de visa et des frais que cela impliquait. Nous n’avons pas réussi à régler tout ça à temps », racontait-il à la fin du match. Le gamin à la petite voix est devenu un grand colosse, toujours au cœur tendre.
Un papier de Marouane Asloum, avec Guillaume Martin et Mathieu Plasse.

0 commentaire