Les six pêchés capitaux de Nagelsmann

Published by Mathieu Plasse (FDM) on

On pouvait craindre le piège pour cette Mannschaft, ils y sont tombés à pieds joints. Sans jamais montrer beaucoup de football, l’Allemagne sort sans les honneurs contre un Paraguay vaillant. S’il était difficile de prévoir un tel massacre, des signes avant-coureurs montraient le mal au sein du groupe. Dont beaucoup proviennent d’un seul homme : Julian Nagelsmann.

Red Bull donne des ailes, mais pas des principes

Après s’être fait bousculer par la Slovaquie (0-2) en qualifications, Julian Nagelsmann tapa du poing sur la table. Sentant qu’il ne peut pas tirer le meilleur de ses éléments, le technocrate lâchera une sentence se voulant prémonitoire : « Nous avons proposé cette performance avec les meilleurs joueurs que nous ayons en Allemagne, hormis deux ou trois blessés. La prochaine fois, il faudra peut-être faire appel à des joueurs moins talentueux, mais qui donneront tout sur le terrain ». Pour cause, quelques petits gars prennent en régularité dans le football teuton. Jonas Urbig dans les cages du Bayern, Tom Bischof ou Yann Bisseck jouant dans les grands d’Europe. Sans oublier Saïd El Mala, auteur de treize buts avec Köln pour sa première année en Bundesliga.

Pourtant, pas de révolution le jour du 21 mai. Plutôt un moment pour conforter les sénateurs ayant connu plus d’humiliations que de titres avec Das Team. Leroy Sané présent malgré un exil sans relief au Galatasaray, qui deviendra le pire joueur de cette Coupe du monde. Rüdiger ou encore Leon Goretzka présent sans la moindre remise en question. Mais l’insulte arrivera au moment de rappeler Manuel Neuer. En retraite internationale depuis deux ans, l’icône se voit appelée pour reprendre la place d’un Oliver Baumann qui essaye d’assurer la transition. Ce qui nous renvoie à l’Euro 2024 où ce même Nagelsmann laissa Mats Hummels à la maison, alors que le vétéran se trouvait au pic de sa carrière. Un renvoi sans préavis, qui ne donnera pas grand-chose en Amérique.

Quand on l’attaque, l’empire ne contre-attaque pas

L’Allemagne s’est toujours fait remarquer pour sa brutalité et son intensité physique. Jusqu’à la dernière minute des prolongations, tu pouvais toujours craindre un de ces gus te presser sur plus de trente mètres, la récupérer et enchaîner une contre-attaque. Or, difficile d’imaginer des transitions offensives lorsque l’on joue avec Kai Havertz, Leroy Sané et un Florian Wirtz sur le côté gauche. Pourtant, Berlin possède des joueurs capables d’apporter du tonus, en Premier League ou en Bundesliga. Mais Nagelsmann se montrera clair dès le mois de mars : « Parmi les joueurs qui savent lancer en contre-attaque, comme Adeyemi, Maximilian Beier ou Kevin Schade, je n’en aurais besoin que d’un seul au Mondial ».

La prochaine fois, il faudra peut-être faire appel à des joueurs moins talentueux, mais qui donneront tout sur le terrain.

Julian Nagelsmann, méritocrate comme Gabriel Attal.

À noter que le crack du coaching n’introduit même pas Saïd El Mala dans son logiciel. Chose promise chose due, Beier ne jouera que 36 minutes dans la compétition. Laissant à des joueurs aimant recevoir le ballon dans les pieds le luxe de se casser les dents contre un bloc paraguayen.

Des leaders techniques envoyés à la poubelle

Secret de polichinelle dans la sphère football, Jamal Musiala se voit en grande difficulté. Le crack du Bayern vit une année difficile de par sa blessure contre le Paris Saint-Germain, en Coupe du monde des Clubs. Revenu en janvier dernier, on a senti qu’il lui fallait beaucoup de temps pour revenir à son plein potentiel. Pire, il y a cette sensation que son agilité, ce qui rendait ses mouvements aussi fluides pour faire la différence dans les petits espaces, n’existe plus. Oliver Kahn lui conseillera même de ne pas se rendre aux USA pour prendre du temps pour soi. Le meneur de jeu n’écoutera pas le conseil et commencera par mettre un petit pion contre Curaçao. Après deux matchs de poules plus insipides, le Bavarois démarrera le seizième de finale… sur le banc. Onde de choc. Tout cela pour rentrer à l’heure de jeu et nous proposer un combat d’Ultimate Fighting avec Matias Galarza plutôt qu’éclabousser Foxborough de son talent. S’il peut encore le montrer.

Tirés vers le bas.

Autre meneur de jeu en berne, Florian Wirtz. Après une première saison moyenne à Liverpool malgré un transfert à 125 millions d’euros, le prodige de Leverkusen montrera quelques sursauts sur le côté gauche. Là où il se montre plus explosif que résistant dans les duels de Premier League, il s’agissait d’une solution pour Arne Slot, en attendant que sa poule aux œufs d’or prenne du muscle. Nagelsmann prend cette idée au pied de la lettre, en l’alignant ailier gauche. Non pas comme un joueur de percussion qui fait mal par ses incursives. Un véritable ailier qui colle la ligne de touche et qui spamme le bouton pour faire des centres, façon Florent Malouda. Le prodige du coaching préférera tabler sur les montées de Nathaniel Brown pour amener le feu dans l’entrejeu. Mauvais choix, malgré le fait que Wirtz apportera un but égalisateur contre le Paraguay et une passe décisive à Leroy Sané. Deux prouesses, en soi. Mais qui ne finiront pas de plomber le moral de deux talents qui n’en avaient pas besoin.

Kimmich bin nicht ein Berliner

Encore une fois, Joshua Kimmich passera pour le commandant d’un bateau qui coule. Pourtant, il est de notoriété publique que la tête blonde n’est pas un bon leader quand la situation se corse. Pour exemple, la sombre époque de Thomas Tuchel en tant qu’entraîneur du Bayern, un des pires au XXIe siècle. Alors, on pourrait déjà remettre en question son brassard de capitaine dans une équipe en manque de repères. Cependant, le plus alarmant reste son positionnement en tant que latéral droit. Un poste auquel il commença sa carrière professionnelle, mais qu’il a vite abandonné pour le milieu de terrain. Une information que Nagelsmann ne semble pas avoir reçue, imposant le Rottweiler sur le côté droit.

Même si l’on parle d’un rôle loin du traditionnel, avec de nombreux dépassements de fonction lui permettant de rentrer dans l’entrejeu, quel gâchis de talent ! Se priver d’un milieu capable de contrôler le tempo à lui seul, qui crée du danger par son seul jeu long et apporterait une variété dans le jeu unidimensionnel allemand, se voit réduit au porteur d’eau. Tout cela pour un duo Nmecha (à son avantage contre la Côte d’Ivoire) – Aleksandar Pavlović d’une neutralité bluffante. Pour ne rien arranger, le sélectionneur sera tellement sûr de son coup qu’il ne prendra pas d’autre latéral droit dans sa liste des 26. Déjà que l’équipe n’avait pas une grosse profondeur de banc, belle idée que de réduire le champ des possibles.

De Gerd Müller à Kai Havertz

Gerd, Klose, Rudi Völler, Klinsmann, Helmut Rahn. L’Allemagne n’a jamais gagné sans un avant-centre intraitable devant les cages. Cependant, le vivier local ne se veut pas très généreux à ce poste. Au point qu’un certain Jamie Leweling, ailier d’appoint à Stuttgart, se voit orné du numéro 9 sur le maillot. Aïe. Pourtant, il y a la possibilité de bricoler avec les moyens du bord. Malgré une saison galère à Newcastle, Nick Woltemade reste un profil sur lequel on peut s’appuyer en tant que pivot, pour dominer dans les airs, servir les autres et claquer des buts moches. Sans oublier Deniz Undav, devenu un des meilleurs attaquants de Bundesliga. A la place, nous aurons un Kai Havertz hors de son poste et un peu atteint dans sa mobilité.

Autant dire que les défenses n’ont pas vraiment tremblé, sauf quand la pointe d’origine kurde rentre en jeu pour apporter du mouvement et de la spontanéité. Résultat ? Deux passes décisives pour un 7-1 cathartique contre Curaçao et un doublé pour crucifier la Côte d’Ivoire. L’ancienne gloire de l’Union Saint-Gilloise sera titulaire une seule fois : contre le Paraguay. Une cape difficile à assumer, sans être pire qu’un autre. Jurgen Klopp ne manquera pas de le reprendre à l’ordre au micro de Magenta TV : « Il ne reçoit pas de passes, mais il doit mettre son corps de manière à le demander quand il est proche du ballon. Si je te regarde et que tu ne me montres pas que tu souhaites le ballon, tu ne l’auras pas ». Chiche de lui montrer comment faire ?

Nagelsmann, un Leader Price de vestiaire

Quand bien même on se trouve à la tête d’un collectif imparfait, on peut toujours arriver à le transcender pour lui faire des choses qu’ils n’auraient pas pensé possible. Comme à l’image, au hasard, de l’équipe du Paraguay. Il suffit d’une figure charismatique, capable de porter les joueurs sous son aile ou de pousser une gueulante dans les moments chauds. Problème, Nagelsmann est plutôt reconnu pour son génie tactique. À partir du moment où cette équipe allemande se retrouvait clouée au mur, aucun moyen de se relever. Une apnée d’une demi-heure contre l’Équateur, mais surtout une séquence hallucinante en seizièmes de finale. Au moment de préparer la séance de tirs aux buts, Joshua Kimmich (et non pas Nagelsmann !) cherche les gars partants pour prendre ses responsabilités. Nathaniel Brown et Malick Thiaw sont stressés, mais surtout Leon Goretzka, ce fameux meneur de vestiaire et d’expérience, qui refusera à deux reprises. Histoire de laisser Jonathan Tah (jamais un péno tiré en match officiel) de s’offrir un surnom qui fera date sur les réseaux sociaux.

Peut-être est-ce le plus gros crime de ce système allemand aujourd’hui. Il s’agit du troisième échec consécutif que la Mannschaft essuie en Coupe du monde, et il n’y a ni remise en question ni orgueil. Où est passée cette « mentalité allemande » qui a fait la gloire de cette équipe il y a de ça dix ans, ayant terrorisé le monde entier ? Elle ne se trouve certainement dans la tête de ces trentenaires dépassés et fumistes, ni dans un entraîneur qui solde encore une expérience au plus haut niveau par un échec cuisant. Quand Mats Hummels demande après ce fiasco la tête de Nagelsmann, Rudi Völler et des trentenaires, il cherche surtout à faire tomber un système. Celui qui place l’Allemagne hors du gratin du football mondial. Un statut qui perdurera tant qu’il n’y aura pas eu un coup de Panzer dans la fourmilière.


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