Idrissa Gueye : la dernière danse du plus coriace des Lions

Published by Arthur Geillon on

À trente-six ans, Idrissa Gana Gueye est un joueur qui aura marqué le football des années 2010 et 2020 de son empreinte. Le Sénégalais, connu pour ses capacités défensives exceptionnelles, devrait assister à l’épilogue de sa carrière internationale à l’issue du match contre l’Irak. Champion d’Afrique cet hiver, le capitaine des Lions de la Téranga prépare sa dernière danse internationale aux Etats-Unis.

Pour les suiveurs du football des années 2010, il est difficile de nommer les meilleurs 6 de la décennie avec aisance et sans prendre le risque de froisser son interlocuteur. On pense à des profils comme Toni Kroos, Sergio Busquets, Xavi, N’Golo Kanté, Arturo Vidal, Esteban Cambiasso, et dans quelques réponses, certains glissent le nom d’Idrissa Gueye.

Le milieu de terrain sénégalais, au gabarit loin d’être aussi spectaculaire que ses compères (1m74 pour 66kg), a su faire la différence par ses qualités de tacle, une endurance et un volume de jeu conséquent. Taulier des Lions de la Téranga, Gana aura été témoin de l’évolution de la sélection. Trois mois après avoir soufflé ses trente-six printemps, il est l’heure de la dernière danse internationale !

La relève de la génération 2002

Pourtant habituée à jouer le ventre mou, le Sénégal connaîtra son premier fait d’armes en 2002. Pour la première fois de son histoire, la sélection, emmenée par des talents comme Mamadou Niang, El Hadji Diouf, Habib Beye, Omar Daf ou le regretté Bouba Diop, se qualifie pour la première fois de son histoire à la Coupe du Monde. La même année, Salif Diao offrira la finale à son pays face au Nigeria lors de la CAN. La même qui verra les hommes de Bruno Metsu s’effondrer aux penalties face au Cameroun et un Alioum Boukar impénétrable sur sa ligne.

L’année suivant cet exploit, est créé l’Institut Diambars. Le club de la banlieue de Dakar, fondé par Saer Seck et plusieurs personnalités du ballon rond comme Patrick Vieira et Bernard Lama, devient en l’espace un incubateur de talents pour les jeunes gaïndés.  Au même titre que Génération Foot et Casa Sports. Parmi les premières cuvées de jeunes figure la génération 1989 avec Saliou Ciss, Serigne Mbodji ou Joseph Lopy. Pendant plusieurs années, l’académie est même partenaire avec l’Olympique de Marseille pour permettre à des jeunes talents de s’exprimer sur le Vieux Continent. C’est le cas notamment de Bamba Dieng, qui va quitter Lorient cet été libre de tout contrat.

Gana apprend à la dure.

Pour autant, deux joueurs se démarquent et rejoindront le LOSC en 2008 : le latéral Pape Souaré et le milieu de terrain Idrissa Guèye. A 19 ans, les deux internationaux U21 sont propulsés des divisions inférieures sénégalaises (Diambars étant à ce moment là au troisième échelon locale) aux terrains français, dans un premier temps en CFA, ancien nom du National 2.

Éclosion dans le Nord et direction l’Outre-Manche

Après deux années d’acclimatation au sein de la réserve, Idrissa intègre le groupe lillois en 2010. Dans l’effectif emmené par Rudi Garcia, il devient un joueur de sortie de banc lors de la saison du doublé Ligue 1 – Coupe de France en 2011. Il rejoindra trois ans plus tard l’Angleterre avec Aston Villa. Une destination qui sera loin d’être le bizutage idéal avec une descente en Championship en fin de saison qui se fera sans le Sénégalais, sauvé de l’antichambre par Everton.

Cependant, alors que le LOSC traverse une première partie de saison en deça des standards habituels avec une saison sans qualification européenne pour la première fois depuis neuf ans, Gana Gueye quitte le LOSC pour rejoindre Aston Villa en 2015. Le tout en étant couronné meilleur intercepteur de la ligue et parmi les meilleurs d’Europe. Le jeu anglais lui sourit, et Ronald Koeman a senti le coup à plein nez !

Première recrue de la brève ère du Batave, Idrissa Gueye bénéficie d’un rôle plus créatif à Everton. Même en étant placé 6, Gana profite du jeu rapide vers l’avant des Toffees pour effecter des récupérations clés et trouver les espaces pour ses coéquipiers. Même si à cette période le ballon semble trop lui coller au pied, il est l’un des artisans du bon début de saison du club de l’autre côté de la Mersey. Dans l’ombre d’un N’Golo Kanté impérial à Chelsea, il sera attiré par le PSG à l’été 2019.

Dans un profil plus offensif, il fera les beaux jours du onze parisien (et de Brut avec sa vidéo qui fit un tabac à l’époque) jusqu’à l’arrivée de Christophe Galtier en 2023. Pourtant ancien coach du LOSC, ce dernier le poussera vers la sortie après avoir remporté deux championnats et trois coupes dans la capitale. Nostalgique des Toffees, il retourne dans le club qui l’a propulsé à 33 ans et participera dans la rotation du club. En fin de contrat cet été, il quittera Everton en fin de contrat, à 36 ans et une formation d’entraîneur dans la tête.

Un Lion qui aura accompagné de nombreuses générations vers le succès

Sélectionné pour la première fois en novembre 2011 par Amara Traoré, Idrissa Gana Guèye fait le bonheur des Lions de la Teranga depuis quinze ans. En effet, le joyau des Diambars aura connu la montée en puissance du Sénégal dans les années 2010.

Non retenu pour la CAN 2012 qui se terminera dès les poules, il faut attendre l’édition 2015 pour enfin le voir à l’oeuvre. Devenu indéboulonnable dans le système d’Alain Giresse avec Sadio Mané, Kalidou Koulibaly ou Papiss Cissé, ses qualités défensives deviendront essentielles à la sélection. Après deux éditions décevantes pour la nation d’Afrique de l’Ouest, il s’illustrera avec une passe décisive durant le Mondial 2018. En effet, la sélection, désormais menée par Aliou Cissé, se fera sortir en poules à cause de la nouvelle règle de la discipline pour départager les équipes à égalité parfaite.

Lésée au profit du Japon, la revanche sera sonnée lors de la CAN 2019. Arrivée en force, les Lions n’encaissent qu’un petit but jusqu’en finale où ils perdront contre l’Algérie sur le même score qu’en phase de poule (1-0). Dix-sept ans plus tard, la génération dorée honore les héros de 2002 !

L’avènement de la génération dorée (2020-2026)

L’apothéose arrivera en 2022. Alors second dans la hiérarchie des capitaines derrière Koulibaly, Gana Guèye soulèvera son premier trophée international en devenant champion d’Afrique aux tirs aux buts contre l’Egypte. Dans la continuité de cet exploit, le Sénégal se qualifiera pour la première fois de son histoire en huitièmes de finale de la Coupe du Monde ; dont ils se feront sortir par la petite porte par l’Angleterre (0-3).

La dernière compétition du Sénégal en date est la CAN 2025 au Maroc. Opposés au pays hôte en finale après un parcours dantesque, les hommes de Malick Thiaw s’imposent au terme des prolongations après une fin de match controversée par le départ du terrain des joueurs après le penalty accordé en fin de rencontre au Maroc et raté par Brahim Diaz. Le Maroc est pour l’instant déclaré vainqueur sur tapis vert par la CAF, en attendant la décision du TAS.

Un système travaillé et remanié sur l’année 2025

Pendant dix ans, le Sénégal souffrait d’un manque de dynamisme dans les changements tactiques et se cantonnait souvent à des schémas de jeu prévisibles et offensifs compris par leurs adversaires. Pape Thiaw préfère inverser cette tendance et met en place un schéma plus souple et flexible pour permettre d’être imprévisible dans le jeu avec toujours autant de percussion et de pression sur les tentatives de contre adverse.

Dans les phases offensives, le coach de 44 ans préfère mettre l’accent sur trois dispositifs principaux. Un 4-3-3 défensif en phase défensive pour permettre à des joueurs créateurs et percuteurs comme Pape Guèye, Pape Matar Sarr ou Gana Guèye de se projeter vers une attaque plus percutante. Ce qui permet de transitionner sur un 4-3-3 plus réhaussé avec le 6 qui vient se positionner en sentinelle pour accompagner dans le jeu et permettre une récupération haute en cas de perte de la balle. Enfin, un schéma en 4-2-3-1 qui permet d’exploiter le plein potentiel des joueurs offensifs de la sélection avec deux milieux défensifs repositionnés en second offensif très haut pour jouer les espaces et interpréter le jeu dans les trente derniers mètres.

Qualifiés pour sans encombre le Mondial, Idrissa Gueye est dans la liste qui participera à la compétition en Amérique du Nord et Latine. Actuel recordman de capes avec 130 matches, ce chiffre s’élargit durant cette période estivale ! Malheureusement, à moins d’un miracle contre l’Irak, sa dernière apparition se fera à Toronto. En plus des conditions d’accueil peu professionnelles, il fera partie avec Kalidou Koulibaly de ces cadres éreintés par la chaleur et l’enchaînement de matchs. Comme s’il fallait passer le relais.

A l’aube de sa trente-septième année, Idrissa Guèye a connu une carrière riche en rebondissements et en trophées. Pionner dans le succès de sa nation, il est aujourd’hui le souvenir et l’héritage d’une nouvelle génération, qui arrive toujours plus forte les unes après les autres. Malgré les critiques, il aura su imprégner son style au jeu de la sélection, et peut être qu’il sera un jour aux commandes des Lions de la Teranga. En attendant, l’heure est à la passion et savourer cette rencontre internationale comme si c’était la dernière. 


Arthur Geillon

Co-fondateur de Douzième Homme. Passionné par la Ligue 2, la formation et les samedis soirs à Bonal.

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