Comment Mauricio Pochettino a détruit le rêve américain

Published by Mathieu Plasse (FDM) on

Là où les conceptions de paix via le football ont été souillées par les États-Unis et la soumission de Gianni Infantino, les valeurs du pays seront aussi bafouées durant la compétition. À commencer par le sélectionneur Mauricio Pochettino, revenant sur les principes vendus par le pays depuis un demi-siècle. Et les siens aussi.

Le rêve américain, ce n’est pas seulement le titre d’un film très surfait avec Raphaël Quenard et Jean-Pascal Zadi. Pendant plus de deux siècles, ces deux mots ont participé au rayonnement international des États-Unis. Un concept incitant à toujours se dépasser dans son travail ou sa passion pour se faire remarquer et peut-être un jour, faire partie des porte-étendards de sa patrie. De quoi faire des émules dans l’intégralité du globe, tout en conservant la propriété du terme. Un pur hold-up idéologique que l’on doit à l’écrivain James Truslow Adams, en pleine période de Grande Dépression : « ce rêve d’une terre où la vie serait meilleure, plus riche et plus épanouissante pour tous, offrant à chacun des chances à la mesure de ses capacités ou de ses réalisations. Ce n’est pas seulement un rêve de voitures et de salaires élevés, mais un rêve d’ordre social dans lequel chaque homme et chaque femme pourra atteindre le plein épanouissement dont il ou elle est naturellement capable, et être reconnu par les autres pour ce qu’il ou elle est, indépendamment des circonstances fortuites de sa naissance ou de sa position. »

Être reconnu pour ce qu’ils sont et ce dont ils sont capables. Une perspective faisant briller les yeux de milliers d’immigrants, arrivés au fil des décennies par bateaux, alors que la vue d’Ellis Island défile sous leurs yeux. Peu d’entre eux sont parvenus à leurs fins, tiraillés pour la plupart entre la pauvreté ambiante, le racisme et les inégalités toujours plus flagrantes. Mais les exceptions ont toujours existé, d’Andrew Carnegie à Schwarzenegger, suffisantes pour relancer une pièce dans la machine. Une dynamique qu’a bien voulu relancer Mauricio Pochettino à son arrivée en terre promise. Après son four dans le Chelsea de BlueCo, le natif de Murphy (ville dans la province de Santa Fe tirant son nom d’un émigré irlandais, comme un symbole) n’avait pas de rancune envers les Américains. Au contraire, il cherche un esprit de groupe semblant disparu au sein de Team USA, surtout composé d’individualités glorifiées. Sergino Dest passe à la trappe, victime de ses pépins physiques.

Hijo de la Luna

« Les joueurs ne peuvent pas choisir les matchs qu’ils veulent jouer. Les joueurs n’ont pas besoin de comprendre ou de ne pas comprendre les décisions. Ils doivent écouter et respecter notre plan. Ils ne peuvent pas nous dicter le plan. » Tels étaient les mots de la Poch’, au moment où une brouille éclatera avec Christian Pulisic. Ce dernier faisant l’impasse sur la Gold Cup pour quand même souhaiter jouer des amicaux contre la Suisse et la Turquie. Une attitude d’enfant gâté qui ne plaît pas du tout, et permet à certains d’en profiter. Dans le lot des rookies faisant leur apparition avec Team USA, débarque un certain Diego Luna. Né en 2003 de parents mexicains, son choix en faveur de la bannière étoilée n’étonnera pas grand-monde. Son père Beto se trouvait lui aussi être doué avec le ballon, mais était plutôt venu aux USA pour connaître l’Eldorado. Tout en continuant de faire pousser des graines dans le coeur de ses enfants. « La façon dont il s’est investi à fond dans ce sport, en travaillant dur pour développer sa passion et son amour du football dans un nouveau pays, ça nous a beaucoup inspirés », racontait Armando Luna, grand frère de Diego, au Guardian.

Alors que le chemin traditionnel du joueur américain passe par le lycée, la NCAA et la fameuse draft qui ne fait pas grand-sens dans le soccer, le petit Diego sera envoyé au Barça. Plus précisément dans une académie de la Masia, du côté de Casa Grande, Arizona. Une école parfaite pour développer ses qualités balle au pied, loin du cliché du latino qui aurait tout appris loin du terrain. Son frère Armando se trouve encore bien loquace : « Ils parlent de Diego comme s’il était un joueur de rue, mais il n’y a jamais trainé. Cette idée reçue selon laquelle un Latino ne progresserait qu’en jouant dans la rue, c’est des conneries. Tout lui vient de l’entraînement. ». Que ce soit à San José, El Paso (deux villes marquées par la communauté hispanique) ou le Real Salt Lake qu’il rejoindra en 2022.

Il a pas dû tirer les bonnes cartes.

Vite devenu l’option numéro une de l’attaque des Claret and Cobalt, l’ailier de poche gagnera le respect du sélectionneur en aussi peu de temps. Quelques jours en fait, au moment où le Californien se fera péter le nez lors d’un entraînement. Le visage ensanglanté, il demande à Pochettino de jouer l’amical contre le Costa Rica. Coûte que coûte. Titulaire, Luna offre une performance de qualitée, agrémentée d’une passe décisive. En conférence de presse, son tuteur fait son éloge : « Il a de sacrées couilles. Sa mentalité est exactement ce que je veux voir au sein de mon équipe. »  Son dévouement envers Team USA démontre une chose : son éloignement vis-à-vis des crises migratoires qu’ont pu connaître ses aînés. Là où des millions de personnes doivent souvent choisir leur côté de la frontière, Diego n’a jamais eu ce problème. Les États-Unis sont son pays, et la langue espagnole sera son seul lien avec le Mexique ou toute l’Amérique latine. Jusqu’ici, tout va bien.

Tartuffe du Nord au Sud de l’Amérique

La divine idylle continuera au cours de l’été 2025. Dans une Gold Cup elle aussi à domicile servant de grands préparatifs, le meneur de jeu porte cette équipe de coiffeurs aux côtés de Max Arfsten ou Malik Tillman, eux aussi en grande pompe. Plein d’offrandes contre le Costa Rica, avant un doublé contre la surprise du Guatemala pour envoyer la patrie en finale, perdue contre le Mexique du prodige Gilberto Mora. Un statut solidifié par son but lors de la manita infligée à l’Uruguay (5-1), dans une équipe semblant avoir compris le message. Des gars toujours sur le continent à ceux qui ont pris le large vers l’Europe, tout le monde doit s’arracher pour le maillot. Pourtant, un gros doute s’immisce dès fin mars, quand le meneur de jeu sera écarté de la liste lors des amicaux contre la Belgique et le Portugal, se soldant par deux cuisantes défaites. Qu’importe, Luna devient un joueur bankable, un gars pouvant devenir un phénomène de société durant l’été 2026. Poste sexy, bonne gueule, tatouages et teinture blonde… Tout pour plaire. Nombreuses sont les marques qui mettent en avance l’Amérique de par la figure de ce petit bonhomme pétri de talent. Du bain béni pour Nike, par exemple.

Javier Milei me donne de l’espoir. Il a de nouvelles idées et veut aider le pays, la situation est difficile, mais tous les Argentins le soutiennent.
Mauricio Pochettino, apolitique.

Au soir du 26 mai, les départements marketing prennent feu. Mauricio Pochettino annonce la liste des 26 qui joueront le Mondial à la maison… et le meilleur joueur de l’équipe n’y est pas. Stupéfaction. Notamment du côté de Tim Howard, dans son podcast Unfiltered Soccer avec Landon Donovan : « Diego Luna, en dix-huit matchs sous Pochettino, c’est quatre buts et quatre passes décisives. On n’a pas assez de joueurs dans l’équipe pour se permettre de dégager ce genre de joueurs ! ». Qu’il doive se battre pour sa place à côté d’un Christian Pulisic n’étonnerait guère, mais le voir mis au ban du groupe constitue une énorme injustice. Surtout quand on peut voir le nom d’un certain Giovanni Reyna. En berne sportivement, le fils de la légende Claudio doit se contenter d’apparitions sporadiques (et peu convaincantes) à Mönchengladbach. Du côté de la sélection, il sera difficile d’effacer son Mondial 2022, où Gregg Berhalter avait bien failli l’exclure pour un comportement suffisant au Qatar. Ce qui s’ensuit par une dispute avec la famille Reyna et des révélations de violences conjuguales mises au grand jour. En somme, un gamin n’ayant toujours rien prouvé, à l’historique déplorable en termes de collectif et sous une pointe de népotisme, prend la place de celui censé insuffler l’esprit voulu par Mauricio Pochettino ? De quoi fouler aux pieds des principes bien fragiles.

Les observateurs avaient de quoi déjà tiquer des ambitions vintage du coach argentin. Il n’y avait qu’à voir ses réactions de pisse-froid au sujet de Jesse Marsch (sélectionneur du Canada) alors que Donald Trump avait considéré le Canada comme le 51ᵉ état américain : « Moi, je pense qu’on ne doit pas mélanger le sport et la politique. Dans ma carrière je ne l’ai pas fait, même si j’ai mes opinions, parce que je représente un pays et surtout sa fédération de football. Je ne parle que de football ». Des opinions dont on se fait une petite idée, lorsqu’il recadrera Timothy Weah quand le piston marseillais se plaindra du prix des places au Mondial, ou vouer un culte à une icône argentine : « Javier Milei me donne de l’espoir. Il a de nouvelles idées et veut aider le pays, la situation est difficile, mais tous les Argentins le soutiennent. Cela fait cinq ans que je ne suis pas allé en Argentine, et je lui ai dit que j’aimerais beaucoup revenir. Il m’a dit d’attendre que la situation s’améliore ». Plus qu’une trahison, Mauricio Pochettino demeure un produit de son temps. Une personne aisée vouant les mérites et la reconnaissance du travail, pour tomber dans les choix simplistes et relationnels dans les moments de vérité. Plus qu’un coach en costard, il restera dans la postérité comme un soutien aux technocrates, que le peuple a fini par décrier publiquement. En France, aux États-Unis ou en Argentine.


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