2026, année de l’Éléphant ?

Published by Mathieu Plasse (FDM) on

Vainqueur de l’Équipe de France au terme d’un amical plaisant, la Côte d’Ivoire a lancé un véritable espoir. Celui que la patrie d’Emerse Faé puisse enfin réaliser quelque chose de grand en Coupe du monde. De quoi mettre un terme à une histoire d’amour compliquée de plus de vingt ans, mais aussi confirmer qu’une nouvelle génération dorée a mis le pied sur le ballon.

La combinaison entre Samaris et Samaras, puis ce diable de Geórgios qui envoie la Grèce en huitièmes de finale sur un penalty encore litigieux aujourd’hui. Tel était le dernier souvenir qu’on avait de la Côte d’Ivoire en Coupe du monde. Les larmes de Serey Dié laissèrent place à celles de Copa Barry, qui se faisait encore insulter comme à son habitude. Pendant ce temps, Didier Drogba tirait sa révérence. Clairement, la relation entre les Ivoiriens et la Coupe du monde a toujours été malchanceuse. Une découverte honnête en 2006, avant de manquer de faire chuter le Portugal en Afrique du Sud, pendant que Vahid Halilhodzic regardait le tout sur son canapé. Quant à cet échec brésilien, il signifiait la fin de cette génération dorée, grandement issue de l’ASEC Mimosas (Kolo et Yaya Touré ou encore Didier Zokora) qui avait permis de mettre Abidjan au centre de l’Afrique. Les deux frères en profiteront pour finir sur une victoire à la Coupe d’Afrique 2015, sans leur chef de file.

Mais la passation de pouvoir mettra beaucoup de temps à se déclencher. Hervé Renard s’envolera pour Lille après son deuxième titre de champion d’Afrique, quand ses successeurs ne feront pas aussi bien. En commençant par Marc Wilmots, fort de son grand Euro 2016 avec la Belgique, qui ne convaincra pas du tout le groupe. « Pour moi, c’est l’entraîneur qui a gâté notre sélection, il est venu avec une mentalité très différente de la nôtre », confiera Gervinho dans un podcast de l’After. On pourra lui attribuer un bon travail avec les binationaux, convaincant Jérémie Boga ou Seko Fofana de porter le maillot orange, mais manquer la Coupe du monde 2018 contre le Maroc d’Hervé Renard sera le coup de grâce. Dès lors, une certaine instabilité se profile, loupant le coche sur les deux CAN suivantes et manquant un autre Mondial dans une lutte âpre avec le Cameroun. On se questionne alors sur le véritable statut de la Côte d’Ivoire : est-elle un des grands d’Afrique ? Au pied du mur, les Éléphants répondront à la question devant leur public, de la manière la plus chaotique qui soit.

Un beau soir à la Beaujoire

Pourtant, le sol ivoirien était à deux doigts de connaître un tremblement de terre. Miraculé après l’humiliation contre la Guinée équatoriale (0-4), Jean-Louis Gasset laissera sa place à son adjoint Emerse Faé en plein milieu de la compétition. Une décision qui change une vie. De par le retour en grâce de Sébastien Haller, l’expérience de Max-Alain Gradel ou l’énergie de Simon Adingra, la Côte d’Ivoire remportera la CAN 2024, considérée comme la plus grande Coupe d’Afrique de l’histoire. Celle qui était censée mettre le continent-mère au-devant de la scène footballistique. Champion du monde U17 avec l’Équipe de France, Faé n’aura pas seulement gagné un trophée. Il aura réveillé un pays et un vestiaire, mortifié par les buts d’Emilio Nsué. Son intransigeance mélangée à sa capacité de mobiliser le vestiaire aura fait la différence : « Ça serait pour moi inadmissible que les attitudes ne changent pas alors qu’on revient de si loin », disait-il avant le huitième fratricide contre le Sénégal. Une joute mémorable où les journalistes lui lanceront des louanges, car on pouvait entendre des « tu es là pour dix ans ! » dans la salle de presse.

Pour préparer cette décennie, le natif de Nantes cherche aussi à se défaire d’une image qui lui colle à la peau depuis cet exploit. Celle d’un simple meneur d’hommes, plutôt capable de mener un collectif qu’un véritable cadre de jeu. Un feeling exacerbé depuis le raté deux ans plus tard, en quart de finale de CAN contre l’Égypte (2-3). Cependant, pour renvoyer la sélection au Mondial sans prendre le moindre but sur toute la campagne de qualifications, il faut un peu plus qu’un coup de gueule.

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– Facebook)

Comme un symbole, le milieu de terrain formé au FC Nantes participe à sa déconstruction devant le public de la Beaujoire. Face à l’armada d’une équipe de France parée à remporter sa troisième étoile, les Éléphants se voient pourtant malmenés en première période. La faute à des différences individuelles exceptionnelles du côté des Bleus, notamment celles de Rayan Cherki. Feintés par le Gone avant la pause (la vraie, pas la pause fraîcheur pour mettre une minute de pub alors qu’il fait 16 degrés), on note que la structure défensive reste tenace. Un compliment qu’on peut décerner à la charnière centrale, mélange très complet entre les qualités modernes de Wilfried Singo et la domination physique d’Emmanuel Agbadou. Dire qu’Evan Ndicka attendait patiemment sur le banc…

Sur le banc de Didier Deschamps justement, beaucoup de tumulte, l’autre icône nantaise bouleversant son XI afin de donner du rythme à toute l’équipe. L’occasion de charger. Plus cohérents tactiquement qu’un duo Mateta – Marcus Thuram, les Éléphants renversent la bataille du milieu de terrain avec un impact physique très sérieux. L’entrée de Christ Inao Oulaï permettra même d’apporter de la sérénité. Sur les côtés, un assemblage de fusées (Diomandé, Adingra, Pépé, Amad Diallo ou Nicolas Pépé) permettent de punir dans le dos, devenant même dangereux lorsqu’un système se crée pour eux. Elye Wahi dézone, sert Pépé près du rond central avant que l’ailier de Villarreal trouve un superbe appel de Guela Doué ayant aspiré toute la défense française. Le frère qu’on n’attendait pas en fin de match pour offrir le but de la victoire à Amad Diallo, un peu en berne du côté de Manchester. Du coup de massue au coup du marteau.

Sur ses quatre confrontations amicales, jamais la Côte d’Ivoire n’avait réussi à faire taire le Coq. Chose faite au moment le plus inattendu, retirant ainsi le statut de numéro 1 mondial aux Bleus. Pas de quoi en faire un fromage, ni chez nous ni du côté de Faé : « Gagner comme ça est une fierté, mais on ne va pas s’enflammer. On doit rester concentré sur notre objectif du premier match contre l’Équateur. Quand vous jouez contre l’équipe de France, vous avez des chances de subir. On a subi contre notre volonté en première période ». L’important dans ce match résidait dans leur capacité à subir et réagir dans une telle situation, et tout le monde sut répondre à ce défi. Aussi bien les joueurs que le sélectionneur, qui aura peut-être des maux de tête au moment de partir pour les États-Unis. Désormais, le peuple ivoirien croit, plus fort que jamais. Aussi bien à enfin passer les poules, que de rêver d’une épopée typique du continent africain. Mais toujours avec une pensée pour Jean-Louis Gasset, son père spirituel qui doit le regarder de là-haut.


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