Mourinho, de Guardiola à Flick : même combat

Published by Oscar Jan on

Dimanche soir, José Mourinho revient au Camp Nou. Treize ans après une victoire en Copa (3-1), suivie d’une autre cinq jours plus tard dans l’antre madrilène. Qui aurait cru que le Mou reviendrait un jour à Madrid ? Florentino Pérez l’a rappelé pour la même mission qu’à l’époque : mettre fin à l’hégémonie catalane. Le temps a passé, le rival, lui, n’a pas changé. Et si la recette fonctionnait encore ?

Été 2010. Après une saison, Manuel Pellegrini est poussé vers la sortie. Son bilan ? Une deuxième place en championnat avec 96 points, à trois longueurs du Barça (99 points). Pas déshonorant, si l’on oublie l’élimination en Coupe du Roi après une humiliation face à l’Alcorcón, alors en troisième division (4-0 à l’aller !). Ainsi qu’une sortie dès les huitièmes de finale face à l’Olympique lyonnais. Bien trop peu pour le Real. La direction madrilène veut dénicher celui qui pourra rendre au Real sa place au sommet et se tourne vers celui que l’on surnomme le Special One. Le Portugais vient de réaliser le premier triplé de l’histoire d’un club italien, en éliminant le Barça en demi-finale de Ligue des champions.

Le 29 novembre 2010, le Real se déplace au Camp Nou, leader et invaincu. Mourinho aligne un 4-2-3-1 : Cristiano Ronaldo, Benzema et Di María devant, Özil en numéro 10 pour les servir. Mais moins de vingt minutes après le coup d’envoi, le Barça mène déjà 2-0. Le Real n’y arrive pas, et Mourinho sort Özil à la pause pour muscler son milieu avec Lassana Diarra. Rien ne change en seconde période : les Blaugranas sont trop forts. Score final : 5-0. Clou du spectacle, Piqué lève le bras, main grande ouverte, pour mimer les cinq buts. Sergio Ramos disjoncte et finit exclu. Le FC Barcelone prend la tête du championnat et inflige la première manita de la carrière du Mou. José, lui, ne s’avoue pas vaincu : « Il faut avoir du caractère. Quand on perd 5-0, on ne peut pas repartir en pleurant, il faut aller travailler plus dur. »

2012, la revanche 

Moins de cinq mois après la manita, Mourinho et ses joueurs se rachètent en remportant la Coupe du Roi face au Barça (1-0), grâce à une tête de Cristiano Ronaldo à la 103ᵉ minute. Pour cette finale, le Portugais a rangé son 4-2-3-1 au profit d’un 4-3-3, avec Pepe replacé en sentinelle pour peser dans les duels et casser les attaques catalanes. La saison suivante, Mourinho veut prouver qu’il peut battre le Barça avec son propre système. Raté : en décembre, le Real s’inclinera 3-1 à domicile. Les Madrilènes continuent pourtant sur leur lancée et retrouvent leur rival un soir d’avril. Avant cette 35ᵉ journée, quatre points séparent les deux équipes. Mourinho le sait : une victoire au Camp Nou, et le titre sera presque assuré.

L’époque où l’on avait aucun problème…

Mourinho ne change pas de système : 4-2-3-1, presque le même que lors de la manita. Mais cette fois, le Real laisse le ballon au Barça, défend compact et frappe en contre. Khedira ouvre le score à la 17ᵉ minute. Alexis Sánchez égalise à la 70ᵉ, mais trois minutes plus tard, Cristiano Ronaldo, lancé par Özil, offre le but du titre et refroidit d’un « calma » les 90.000 supporters du Camp Nou. Mourinho l’a fait : il a battu le Barça de Pep chez lui, avant de remporter le championnat avec un record de 100 points. Guardiola quittera le club à la fin de la saison, comme un symbole. L’équipe la plus forte de tous les temps, pour certains, a trouvé sa kryptonite. En 2013, Mourinho battra encore deux fois le Barça en cinq jours, avant de quitter l’Espagne à son tour.

2026, la mission 

Guardiola n’est plus là, mais la domination catalane, elle, est de retour en Espagne. Emmené par Hansi Flick depuis maintenant trois saisons, le Barça sauce teutone prône un jeu plus qu’offensif : le pressing, l’attaque et encore l’attaque. Si cela leur a joué des tours sur la scène européenne, en Liga, c’est eux le patrons. Deux saisons, deux fois champions et près de 200 buts inscrits au cumul. La force de ce Barça ne tient plus uniquement aux longues phases de possession : il sait aussi bien multiplier les passes que trouver la profondeur, avec une ligne d’attaque foudroyante. Ce week-end, les Blaugranas pourraient profiter d’une victoire au Clásico pour faire tomber un record du Real en devenant la seule équipe de l’histoire de la Liga à gagner ses dix premiers matchs.

Pour lancer des contres, chaque passe comptera. Malgré un net ajustement par rapport aux saisons précédentes, la ligne catalane reste haute, et Dean Huijsen pourrait être titularisé pour sa qualité de relance. Au milieu, Arda Güler, dans un rôle à la Özil, et Jude Bellingham seront chargés de servir le trio que pourraient former Mbappé, Endrick et Yan Diomandé. L’Ivoirien est en pleine forme avec trois buts et trois passes décisives sur ses quatre derniers matchs.

En 2012, Mourinho avait laissé le ballon au Barça pour jouer en contre. Résultat : 72% de possession catalane, mais une victoire 2-1 pour le Real. Dimanche, les Merengues devront faire de même. Et ils ne pourront guère faire autrement, tant le milieu blaugrana, même si porté en grande partie par Pedri, semble supérieur à celui de Mourinho. L’objectif : à la récupération, se projeter très vite dans le dos des défenseurs du Barça, Cubarsí et Gerard Martín, pas réputés pour leur vitesse.

Le milieu de terrain est peut-être là où l’écart est le plus flagrant entre les deux équipes, et sans doute aussi la plus grande différence avec le Real de 2012. Mais José Mourinho le sait : pour combler le déficit technique, il faudra redoubler d’efforts physiques. Il y a treize ans, il avait avancé Pepe en sentinelle. Cette fois, qui sait ce que le Portugais réserve ?  Marca évoque un couloir droit à deux latéraux : Valverde évoluerait en « faux ailier droit » devant Denzel Dumfries. Après le match face à Leipzig, Mourinho semblait convaincu : « Valverde a été solide défensivement, puis il s’est projeté vers l’avant de façon excellente. L’équipe a été très flexible dans cette zone, et très créative de ce côté. » Alors, coup de génie ou coup de folie ? 

Le Real de Mourinho, c’était aussi une équipe de « méchants ». Duels rugueux, provocations et tensions permanentes, jusqu’à parfois franchir la limite. Comme en témoigne le fameux doigt dans l’œil de Tito Vilanova, alors adjoint de Pep Guardiola. Pour le Mou, chaque Clásico était une arme. Cette animosité transcendait certains joueurs, mais finissait souvent par déborder, à l’image de Ramos et Pepe, tous deux expulsés lors de ces batailles. Contre les Catalans, le Real mettra beaucoup d’intensité et voudra évidemment entrer dans la tête des Blaugrana pour les pousser à bout. Attention à ne pas perdre ses nerfs. Treize ans après le « calma », Mourinho a une nouvelle occasion de faire taire le Camp Nou.


1 commentaire

Ridet · 25 octobre 2026 à 10h38

Un article passionnant qui nous plonge dans la nostalgie des grandes heures du réal et du barca !
Hâte de voir ce que mourinho va faire pour contrer la domination barcelonaise!

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