James Garner, le « mini-Valverde » anglais
Considéré comme le « mini-Valverde » par Thomas Tuchel pour sa polyvalence puis appelé à la rescousse avec les Three Lions lors de la trêve de septembre , James Garner touche enfin du doigt la carrière qui lui était promise à Manchester.
« La polyvalence ? Je n’aime pas trop ce mot. Le joueur doit s’exprimer dans sa position et notamment en équipe nationale ». Avec une telle philosophie, Zinédine Zidane aurait sans doute regardé James Garner d’un drôle d’œil. Heureusement pour le milieu d’Everton, ce n’est pas lui qui dirige les Three Lions. Thomas Tuchel, lui, semble avoir une tout autre idée en tête.
Comparé à une référence mondiale à son poste, le qualifiant même de « sous-coté », tout porte à croire que James Garner soit un pion essentiel de l’ancien coach de Chelsea. En réalité, il ne compte que quatre petites sélections avec la perfide Albion alors qu’il a soufflé ses vingt-cinq bougies en mars dernier. Une drôle de trajectoire pour celui qui, à ses débuts au centre de formation de Manchester United, était présenté comme l’un des grands espoirs de sa génération. Entre les promesses de Carrington en tant que défenseur central et sa première sélection sous le maillot des Three Lions au milieu de terrain, en passant par le couleur droit avec Everton, le chemin aura été plus sinueux que prévu.
La promesse Mancunienne
Formé à Manchester United dès ses sept ans, il grandit en admirant la grandes heures des Red Devils et leur charnière centrale mémorable. « Aussi surprenant que cela puisse paraître, j’adorais Nemanja Vidic », confie-t-il. Lui-même aligné dans l’axe durant ses premières années au club, finalement replacé au poste de milieu de terrain durant la suite de sa formation, il apparaîtra onze ans plus tard avec les pros sous le mandat d’Ole Gunnar Solskjaer, qui était plutôt élogieux avec le gamin : « James Garner est un Michael Carrick, mais vingt ans plus jeune ». Néanmoins, l‘entraîneur norvégien l’envoie en prêt pour qu’il se fasse les dents : D’abord à Watford puis à Nottingham Forest, où il contribuera à la montée des Reds en Premier League durant l’exercice 2021-2022.
Quand les clubs commencent à recruter trois ou quatre milieux de terrain, on comprend mieux sa place…
James Garner, froidement.
Problème, durant l’été, Ole Gunnar Solskjaer est limogé, laissant place à Erik Ten Hag aux manettes d’Old Trafford. Le début d’une époque trouble pour bien du monde, l’entraîneur néerlandais faisant comprendre à Garner qu’il ne compte pas sur lui. Bien que son père soit supporter de Liverpool, le jeune prodige anglais choisit de rejoindre l’ennemi juré, Everton. À son arrivée, il reviendra justement sur ce départ forcé de son club formateur dans un entretien au Liverpool Echo . « Rien n’est garanti dans le football, mais quand les clubs commencent à recruter trois ou quatre milieux de terrain, on comprend mieux sa place… Je ne voulais pas stagner après une si bonne saison, je voulais prouver à tout le monde et à moi-même que je pouvais jouer au plus haut niveau. »
L’entrée à l’Opera Garner
Une décision qui portera ses fruits, mais pas tout de suite. Freiné par de longues blessures, son temps de jeu reste en deçà de ses attentes. S’ajoute à ça un projet de jeu et des ambitions loin de sa volonté. « Depuis mon arrivée à Everton, j’ai connu des périodes assez malchanceuses, notamment deux graves blessures au dos qui m’ont évidemment tenu éloigné des terrains pendant une longue période. Et les trois premières années, nous avons lutté pour le maintien, ce qui a rendu difficile pour moi de vraiment montrer ce dont je suis capable. »
Mais à Everton, l’heure du renouveau a sonné lors de la saison 2025-2026. Out : le mythique Goodison Park, et Sean Dyche. In : le Hill Dickinson Stadium et l’inoxydable David Moyes. Garner profite de cet élan printanier pour fleurir et devenir le véritable couteau suisse du technicien sexagénaire. « C’est un joueur qui a énormément progressé depuis son arrivée à Everton. Il prend davantage de responsabilités et on voit désormais un milieu de terrain très important pour nous, capable de jouer à d’autres postes, tout en devenant également un leader », explique le coach rompu à la première division anglaise. Garner enverra d’ailleurs un pétard pour inaugurer les nouveaux filets, histoire de fêter dignement la crémaillère.
Le grand Valverde peut cacher le « mini-Valverde »
La mue est réussie des deux côtés. Le milieu de terrain anglais est élu joueur de la saison 2025-2026 par les Toffees. Everton se positionne loin de la zone de relégation avec un projet de jeu plus emballant que d’habitude. Ses performances finissent par lui rouvrir les portes de la sélection anglaise, après avoir écumé toutes les catégories de jeunes des Three Lions. Et dans cette histoire-là, le poste n’a jamais non plus été une affaire de certitudes. « Avec les équipes d’Angleterre des moins de 16 ans et des moins de 17 ans, je jouais défenseur central. » Le gamin qui s’imaginait dans l’axe finira par arpenter le couloir droit, jusqu’à soulever l’Euro U21 en 2023 à ce poste. Toutefois, il connaitra sa première sélection avec les A en tant que milieu de terrain lors de deux amicaux en marge de la Coupe du Monde 2026, en mars dernier.
Le sélectionneur anglais, très élogieux dès sa première apparition contre l’Uruguay d’un certain Valverde, le compare en conférence de presse au milieu de terrain du Real Madrid : « Je suis très content de Garner, c’est notre mini-Valverde ». Une comparaison qui résume assez bien le profil du Mancunien : capable de courir, défendre, se projeter et surtout de changer de costume. Malgré tout, ce sera insuffisant pour être retenu pour le mondial en Amérique. Garner reste toujours dans les petits papiers de l’ancien coach du PSG. Appelé à la dernière minute, pour pallier les blessures de Mainoo et Declan Rice durant cette trêve internationale.
Samedi dernier, face à l’Espagne, James Garner est entré en jeu à la 70e minute. Quelques années plus tôt, il quittait Manchester United par la petite porte. Le voilà désormais à Wembley, à 25 ans, avec les Three Lions, face à l’équipe championne du monde en titre. La promesse de Carrington aura simplement fait un détour par la Mersey, changé plusieurs fois de poste en chemin, sans jamais vraiment changer de cap.

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