Ballon d’Or 2026 : Mbappé a parlé, Kane a gagné
Sacré Ballon d’Or lors de la 70ᵉ cérémonie du Ballon d’or, Harry Kane avait opté pour une parole douce et humble. Son dauphin, Kylian Mbappé, avait quant à lui choisi un discours plus agressif et égocentrique. À une ère où cette récompense à l’air de reposer sur des campagnes politiques, le choix s’est conclu sur celui qui en avait l’air le plus éloigné.
« C’était un bon présage de l’organiser ici » a déclaré le prince Harry, avec le joyau dans les mains. Dit de cette manière, comment avons-nous pu douter du sort du 70ᵉ lauréat ? Il fallait voir un signe, quand le lieu choisi pour la cérémonie de la plus haute distinction individuelle du football fut délocalisé du Théâtre du Châtelet au London Palladium, dans le pays natal du futur vainqueur. La délocalisation du trophée septuagénaire avait une raison bien précise : rendre hommage à Sir Stanley Matthews, premier lauréat en 1956. L’attaquant anglais empilait lui aussi les buts, mais brillait également par d’autres aspects du jeu tout en restant modeste, un peu comme Kane finalement.
Néanmoins un doute, un questionnement, une hésitation se sont glissés dans l’opinion publique, au point de devenir chez certains une évidence : Mbappé méritait de repartir avec le Ballon d’Or sous le bras à Londres. Pourtant, selon les critères officiels du Ballon d’Or – performances individuelles, caractère décisif, performances collectives, palmarès, classe et fair-play -, l’originaire de Bondy avait peu d’arguments que Kane ne pouvait lui opposer.
Kylian dictator
Pour pallier son manque d’argument sur le terrain, durant le mois de septembre, Mbappé a balayé tout l’espace médiatique mondial. Or, il avait plutôt l’habitude de contrôler par parcimonie ses sorties médiatiques, tant elles font un bruit monstre à chaque fois. Le champion du monde 2018 a multiplié les prises de parole, en s’érigeant comme l’unique possible vainqueur du trophée, sans débat. De France Football, où il a accordé un entretien d’une heure, au média espagnol AS, en passant par RFI pour toucher un public africain, avant de dérouler dans les médias anglophones (The Athletic et CNN), négligeant seulement le journal de Mickey… Avec son entourage, l’ancien du PSG a méticuleusement préparé ces opérations médiatiques pour qu’elles résonnent à l’international et faire pencher l’opinion des votants en sa faveur.
Kylian, j’aime beaucoup, c’est un homme de records. Par contre, à un moment c’est moi, moi, moi et moi
Reprise de volée de Jean-Pierre Papin.
Le Kyks, en vérité, semblait conscient qu’il n’avait pas fait les choses qu’il fallait pour mettre tout le monde d’accord. Notamment en ne remportant aucun trophée collectif, donnant lieu à une nouvelle disette pour le Real Madrid et l’Équipe de France, malgré des distinctions individuelles (meilleur buteur de la Coupe du Monde, de la Ligue des champions et de la Liga). C’est justement cet argument singulier sur lequel il a insisté lors de sa campagne. Il estimait avoir réalisé « une excellente année sur le plan individuel » et se proclamait comme le meilleur joueur du monde : « Il n’y a pas meilleur que moi la saison dernière». De nombreuses affirmations qui ont agacé certains observateurs, tant l’égoïsme de l’attaquant français les a sidérés.
Dans l’Hexagone, Jean-Pierre Papin, Ballon d’or 1991, a été crispé par la cupidité du Madridiste. « Kylian, j’aime beaucoup, c’est un homme de records. Par contre, à un moment c’est moi, moi, moi et moi, s’est courroucé l’ancien de la Côte d’Azur, dans une interview accordée à France Télévisions. On devient Ballon d’Or, on ne peut pas dire qu’on a envie de. Le Ballon d’Or, ce sont les autres qui décident. Un moment dans sa com’, c’était : « personne d’autre que moi ne mérite le Ballon d’Or ». C’était un peu too much pour moi. Aujourd’hui, quand tu regardes comment est attribué le Ballon d’Or, il y a tout un tas de critères. Le reste tout va bien, mais ce critère du fair-play par rapport à Kylian, il ne va pas. »
Kane, une parole de velours
Auteur de 73 buts en 65 matchs lors de la saison 2025-2026, Harry Kane, s’est simplement contenté d’enchaîner les buts et laisser le bruit se faire autour de lui. On pourrait uniquement résumer l’éloquence du buteur de 33 ans à cela mais ça serait faire tâche au joueur qu’est l’anglais. Capable de jouer en tant que défenseur central, de faire des six-mètres, d’être meneur de jeu et de délivrer des caviars à ses partenaires, mais aussi de conclure des actions dans la surface en pur neuf sur la même séquence. Histoire de dire que Prince Harry a une palette offensive polyvalente. Toujours disponible et humble auprès de ses coéquipiers et des journalistes, le capitaine des Three Lions est resté lui-même pour se promouvoir et laisser parler ses performances sur le rectangle vert comme simple outil de campagne.
Je n’ai jamais aimé trop parler de moi. Je veux qu’on se souvienne de moi comme d’un gars qui met l’équipe au-dessus de tout, qui respecte ses partenaires.
Dixit « Hurri-Kane ».
On peut tout de même noter quelques prises de parole dans l’espace médiatique. En vérité, l’attaquant du Bayern a lui aussi effectué un petit tour médiatique, du Royaume-Uni jusqu’à l’Espagne. Mais à chaque fois, on remarque une humilité et l’espace alloué à ses compères. « Je n’ai jamais aimé trop parler de moi. La seule chose que je dirais, c’est que la saison dernière a été incroyable, tant sur le plan personnel que pour l’équipe » avait déclaré le le 71e Ballon d’Or de l’histoire dans un entretien accordé à Marca en septembre. Et l’on peut dire que pour une récompense qui a tendance à décerner le prix au meilleur joueur de l’équipe la plus collective (Dembélé, Rodri, Messi), son discours percutait complètement avec l’époque dans laquelle vit le football. Peut-être qu’il subsiste une part de communication, mais jamais personne n’y a songé au moment de voter.
La classe sans le vacarme
Même lorsque l’ancien buteur de Tottenham est monté sur l’estrade au London Palladium pour recevoir son Ballon d’Or, il a eu un mot pour ses coéquipiers en club et en sélection. « Depuis mon arrivée au Bayern Munich, je me suis grandement amélioré en tant que joueur et aussi en tant que leader, et c’est grâce au staff, mais aussi à tout l’encadrement, la direction du club, a réagi l’attaquant anglais. C’est un privilège et une grande fierté de jouer au Bayern Munich. Je pense aussi à mes coéquipiers en sélection, en cette année très spéciale, pas parfaite, mais tout de même satisfaisante. Ça a été un honneur d’être votre capitaine, et c’est aussi une victoire pour vous, mais aussi pour Thomas Tuchel et son staff.»
Plus que cela, le natif du Grand Londres souhaitait mettre en avant toutes les personnes participant à sa mise en avant. Toutes sans exceptions, en citant tous les entraîneurs qu’il a rencontré dans sa carrière depuis Leyton Orient, à savoir « Bradley Allen, Ramsey, John McDermott, Alex Inglethorpe, Tim Sherwood et Ryan Mason, Kenny Jackett, Russell Slade, Harry Redknapp, Mauricio Pochettino, Jose Mourinho, Antonio Conte, et puis Roy Hodgson, Gareth Southgate, et bien sûr, mes deux entraîneurs maintenant, Vinnie (Kompany) et Thomas (Tuchel) ». Jusqu’à avoir un mot pour le staff médical, en particulier le Dr. Alejandro Caraco, près de lui depuis des années pour soulager ses ischio-jambiers. Histoire de dire qu’il pense vraiment à tout le monde.
Work hard in silence. Let success be your noise. 🏆
— Harry Kane (@HKane) October 26, 2026
En devenant le cinquième anglais à remporter le Ballon d’Or après Stanley Matthews (1956), Bobby Charlton (1966), Kevin Keegan (1978, 1979) et Michael Owen (2001), Harry Kane a donné une leçon à son rival. L’omniprésence de Mbappé dans la sphère médiatique a tout de même permis d’acquérir une seconde place, qui peut inquiéter quant à la direction que prend ce trophée. La sobriété de Kane a laissé place aux performances d’un buteur aux multiples facettes, ainsi qu’à ses trophées remportés. L’attaquant bavarois a par ailleurs posté, sur ses réseaux, un message vecteur d’un sens bien précis : « Travaille dur en silence. Laisse le succès faire ton bruit.» Certains devraient en prendre de la graine pour 2027.
