Genesio à Marseille, le retour du pragmatisme ?
Bruno Genesio est devenu le nouvel entraîneur de l’Olympique de Marseille le 1er juillet en succédant à Habib Beye. Il va incarner le nouveau visage du club phocéen, accompagné du directeur sportif Grégory Lorenzi et du président Stéphane Richard. Le début d’une ère pragmatique ?
Après deux saisons passées dans le nord de la France, conclues par une qualification pour la prochaine Ligue des champions, « Pep » Genesio comme il est surnommé, entame le plus grand défi de sa carrière en débarquant sur la Canebière. Paralysé pendant plusieurs semaines par l’attente des sanctions de l’UEFA puis de la DNCG, l’Olympique de Marseille a tardé à se séparer de Beye. Auteur d’un bilan décevant à la tête de son club de coeur, l’ancien capitaine olympien n’a pas réussi à qualifier l’OM en Ligue des Champions. Son successeur et les supporters se contenteront d’une place directe en Ligue Europa.
Genesio, le profil-type ?
Si la situation marseillaise semble chaotique en tous points, la venue de Bruno Genesio questionne également. Pourquoi venir s’empétrer dans le volcan phocéen, lui réputé pour son calme presque olympien ? Et si c’était ça la raison principale du choix de Grégory Lorenzi ? L’ancien lyonnais, rennais et lillois possède des qualités de meneur indéniables, mais surtout un sang-froid et un pragmatisme à toute épreuve. Il connaît la Ligue 1 par coeur, en plus de l’expérience des compétitions européennes et d’une philosophie de jeu réaliste. Lors de sa présentation à la presse le 15 juillet, le nouveau manager marseillais a endossé le costume du pragmatique : « je le suis, je m’adapte aux qualités des joueurs et je n’impose rien. Néanmoins, j’ai des principes de jeu. C’est l’adrénaline qui m’a fait venir ici, je sais rester calme mais je peux aussi hausser le ton. Je crois au management serein.»
Les derniers coachs à avoir posé le pied sur les hauteurs de la Commanderie possédaient des noms clinquants, une folie enivrante et des styles tactiques tantôt directs tantôt axés sur la possession, sans remettre en cause leurs principes. Là où Roberto De Zerbi et Igor Tudor n’ont pas réussi à s’adapter dans le money-time, Bruno Genesio a su se sublimer et remporter des matchs prestigieux (Real Madrid, Atletico de Madrid, PSG, Manchester City) en sortant des poules de Coupe d’Europe.

Une de L’Equipe, 20 septembre 2018
Néanmoins, la critique récurrente sur son travail subsiste dans les contre-performances face aux équipes de bas de tableau. Cette défiance se veut partiellement fondée. Elle repose surtout sur le manque d’efficacité offensive, voire une possession stérile, et non d’un manque d’ambition dans le jeu. Enfin, Bruno Genesio est le premier entraîneur français depuis Rudi Garcia à débuter une saison dans les Bouches-du-Rhône, sans avoir été nommé en cours d’année.
Une stabilité recherchée ?
Le choix Genesio démontre une volonté du club le plus fada de France d’opter pour du calme et de la stabilité. Ce qui peut aller de pair avec un Stéphane Richard, loin d’être aficionado de ce sport mais prêt à l’austérité. Tactiquement, il n’est pas dogmatique et a la capacité d’utiliser plusieurs schémas avec des principes de jeu bien ancrés. Tout d’abord, le technicien français a pour habitude de jouer avec quatre défenseurs et une ligne plutôt haute. Ses équipes sont assez verticales et offensives, lorsqu’elles sont dominatrices et favorites. De plus, sa carrière montre une capacité d’adaptation face aux adversaires supérieurs, tournant en sa faveur. Son management est loué par plusieurs de ses anciens joueurs comme Martin Terrier, qu’il a côtoyé à Lyon puis en Bretagne : « J’ai une relation très particulière avec lui. Je voudrais le remercier pour la confiance qu’il m’a accordée. C’est un excellent coach, humainement et en tant qu’entraineur. Il m’a fait passer des paliers », racaontait-il au micro de Canal+. Avec ce pari, la direction olympienne veut mettre fin à l’ère Longoria, synonyme d’instabilité sur le terrain et sur le banc.
Durant sa carrière, le natif de Lyon n’a jamais démissionné de son poste et a toujours honoré ses contrats jusqu’à la fin. Seule exception : le Stade Rennais où après une première saison réussie, il quitte le Roazhon Park d’un commun accord l’année suivante, estimant ne pas pouvoir inverser la mauvaise dynamique. Histoire de ne pas répéter ce schéma, Bruno s’est engagé à Marseille pour deux ans, soit la durée qu’il a passée au LOSC.
Genesio gêné par les supporters ?
Le contexte bouillant du Vélodrome a déjà eu raison de plusieurs entraîneurs, qui ont eu du mal à supporter la pression. En 2023, l’espagnol Marcelino a démissionné trois mois après son arrivée, suite aux critiques virulentes visant son style de jeu (et l’élimination en barrage de LDC). D’autres n’ont pas souhaité continuer l’aventure, comme Igor Tudor, Roberto De Zerbi ou André Villas-Boas, usé par les évènements.
Marseille a connu 33 coachs au XXIᵉ siècle et des saisons à quatre remplacements comme lors de l’édition 2023-2024 où Marcelino, Jacques Abardonado, Gennaro Gattuso et Jean-Louis Gasset se sont succédés. Cette instabilité chronique est censée s’arrêter avec le changement de direction, selon les dires du nouveau président Stéphane Richard, lors de sa présentation face à la presse : « C’est impossible de bien faire jouer une équipe dont le tiers ou la moitié change chaque année. »
Stéphane Richard pointe les erreurs du passé et fixe le cap pour relancer l’OM : «Il y a eu, de toute évidence, un problème de maîtrise»
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Pour autant, attribuer la responsabilité de cette valse incessante sur le banc aux supporters est une erreur. Le Vélodrome a rarement été aussi clément que la saison dernière, avec un Roberto De Zerbi longtemps épargné. Les actions de contestation sont intervenues après le départ de l’Italien et visaient Pablo Longoria, Franck McCourt et les joueurs. De plus, Bruno Genesio a démontré son calme et son pragmatisme lors d’épisodes orageux, notamment à la tête de l’Olympique Lyonnais et du LOSC où il a su revenir aux fondamentaux pour rétablir la confiance dans son groupe. Une qualité précieuse dans le contexte marseillais qu’il développe lors de sa présentation : « Il faut bien utiliser le contexte autour du club. La direction doit insuffler le calme. La ferveur et la folie du public doit nous pousser pour obtenir une faute, pousser en fin de match...»
Quel souvenir a-t-il laissé ?
Jusqu’ici, l’empreinte laissée par l’entraîneur de 59 ans est plutôt positive dans tous les clubs où il a exercé. En 2022, il est nommé meilleur entraineur du championnat avec le Stade Rennais puis meilleur français sur un banc par France Football en 2025. Malgré des turbulences et une relation parfois compliquée avec les ultras lyonnais, le temps a pansé les plaies et son travail chez les Gones est finalement reconnu. C’est ce que pense Thibaud, supporter de l’OL depuis petit : « Il y avait un effet Pierre Sage quand il a récupéré le club. Il a ramené le club en Ligue des champions, il a battu Manchester City, Paris, Lyon… Il gagnait des gros matchs avec des coups tactiques. Les supporters ont reproché à Genesio son irrégularité, mais vu ce qui est arrivé après avec Sylvinho et Garcia… » Selon lui, le « Pep » français a souffert de la pression médiatique et du sentiment pourri-gâté : « On lui a manqué de respect et de reconnaissance à Lyon. Depuis, on a pas eu mieux selon moi, du moins sur la durée. La campagne qu’il a subi me fait penser à celle contre Arsène Wenger à l’époque. Il a eu un délit de sale gueule car ce n’était pas un gros nom, mais pour une première expérience c’était costaud. » Sur la décision du board marseillais, il la juge « positive pour le projet », citant notamment les qualités humaines de Genesio.
Lors de son départ de Bretagne, une banderole « Bruno, merci pour tout » est déployée afin de saluer l’année et demie du technicien. Aymeric, supporter rennais et ancien membre du Roazhon Celtic Kop témoigne de l’affection portée par le peuple rouge et noir : « Il était apprécié au stade, il proposait du jeu et il est arrivé au bon moment. Il a répondu présent dans les grandes rencontres, le jeu était offensif. Pour moi, il est compatible à Marseille car il aime les grosses ambiances. Un coach comme Genesio peut aider les joueurs à supporter la pression, surtout avec un bon recrutement ». Son meilleur souvenir reste la double-confrontation contre Leicester en Ligue Europa Conférence, malgré l’élimination au bout : « C’était un match de fou au retour, même si on se fait voler par l’arbitrage. »

(Crédit photo : Roazhon Celtic Kop 1991 – Facebook)
Le sentiment est partagé au Nord du pays. Augustin, ancien abonné à Pierre-Mauroy confie avoir un bon souvenir de Bruno Genesio : « Les résultats étaient là. Dans les gros matchs on a été performants, il y a eu la qualif en Ligue des champions et surtout du beau jeu. » Comme beaucoup de supporters lillois, les victoires face au Real Madrid à domicile et à l’Atlético de Madrid en Espagne restent en tête. Néanmoins, Augustin se montre prudent sur l’avenir de l’entraineur français : « Il est taillé pour l’OM mais il a terminé la saison fatigué à Lille, et avec la pression à Marseille c’est pas sûr qu’il réussisse. »
Du côté des Bouches-du-Rhône, la venue de Bruno Genesio s’accompagne d’un certain scepticisme pour Thiméo, jeune abonné en virage sud : « Il a prouvé en championnat, c’est un bon coach de Ligue 1 mais j’y crois moyen. Il n’a jamais remporté de trophée et c’est ce dont on a besoin ». Selon lui, la nomination du technicien relève d’un « manque d’ambition du club », bien qu’il reconnaisse que la non-qualification en Ligue des Champions et la situation économique précaire favorise un type de profil rassurant et connaisseur du championnat.
Bruno Genesio semble enfin reconnu à sa juste valeur, tandis qu’il entame son aventure à Marseille. Le tout alors que les finances du club sont dans le rouge, qu’une partie de l’effectif va sans doute quitter le club, à commencer par son meilleur buteur Mason Greenwood qui a rejoint Fenerbahçe. Cette étape dans la carrière du désormais ex-dogue, arrive à point nommé, puisqu’il va bénéficier d’une attention médiatique extrême. Sur le papier, le mariage avec Marseille paraît répondre aux attentes des deux parties : d’un côté, une forte médiatisation et une reconnaissance auprès du grand public, et de l’autre, le calme et le pragmatisme.
L’Olympique de Marseille entame sa tournée estivale par une rencontre amicale ce 17 juillet, contre l’équipe ivoirienne de Yamoussoukro.
Propos recueillis par Thomas Bastianelli.

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