Seleção : Jesus aux commandes, Gonçalo Ramos nouveau messie ?

Published by Guillaume Martin on

Du football, des buts et de la liesse, les portugais peuvent enfin exulter. Après une Coupe du monde laborieuse, les avis étaient mitigés autour de Jorge Jesus, entraîneur old school ayant déjà coaché Cristiano Ronaldo à Al-Nassr. Coïncidence ou lien de cause à effet, le Portugal retrouve des couleurs et affiche une maîtrise presque oubliée depuis le départ du quintuple Ballon d’Or. 

Mené par Jesus, Gonçalo Ramos apparait comme le nouveau messie de la sélection portugaise. Après le succès de la Seleção 4-2 au Danemark, il ne manquerait plus que Nuno Espírito Santo – Saint Esprit en portugais – pour confirmer que seule la Providence peut sauver ce Portugal envenimé. Après le départ de Roberto Martinez, étudiant Erasmus au Portugal,  le peuple portugais tarissait d’impatience à l’idée de connaître son successeur. Sérgio Conceição ou José Mourinho un temps cités, c’est Jorge Jesus, meneur d’hommes connu comme le loup blanc en Lusitanie, qui a pris les rênes de la sélection. Bien que tout entraîneur titulaire du BMF – Brevet de Moniteur de Football – aurait mieux fait que le Catalan, nul n’était capable de prédire l’avenir de l’équipe. Encore moins de ce qu’il allait se passer durant cette trêve d’automne. Les avis étaient même partagés autour de Jorge Jesus, qui chouchoutait Ronaldo à Al-Nassr, par peur qu’il ne reproduise le même schéma que Martinez. Comme pour enfoncer le dernier clou du cercueil de l’espagnol, Gonçalo Ramos n’a cependant pas hésité à poser un tacle d’attaquant en zone mixte après le match : « Nous avons les idées plus claires avec le nouveau coach. »

Tout à coup, du football au Portugal

Dans une semaine marquée par le départ de Cristiano Ronaldo, les filets ont tremblé. Depuis des années, le Portugal n’avait pas aussi bien joué. Combinaisons, inspirations, efficacité clinique, tous les ingrédients étaient rassemblés. Comme si une véritable équipe s’était enfin imposée. Gonçalo Ramos, les dents qui rayent le parquet, s’est d’abord mué en passeur avec un joli une-deux pour João Cancelo (13’). Avant d’être lancé en profondeur par Bruno Fernandes, et de crucifier l’excellent Mads Hermansen d’un pointu digne des Classico CM1-CM2 (25’).


Vitinha aura ensuite ouvert son compteur en sélection mais aussi de la tête, sur une ogive téléguidée de Bruno Fernandes (67’). Pour clôturer le bal, João Félix, lui aussi très en forme, conclut une jolie action collective initiée par Rúben Neves sur une délicieuse Trivela (87’) – extérieur du pied, marque déposée par Quaresma. Rageurs, les Danois sont revenus par deux fois à la marque mais n’auront pas fait le poids face au collectif portugais, bien trop fort. 

O desertor

Cette trêve internationale, qui semblait être une banale entracte automnale toujours trop longue – encore plus cette année – nous a réservé un scénario digne des meilleures telenovelas. Pour la première de Jorge Jesus face au Pays de Galles, Cristiano Ronaldo a affiché une pâle copie et le Portugal s’est imposé par la plus petite des marges (1-0). Le match en Norvège – victoire portugaise 1-2 -, sauvé par Gonçalo Ramos et un grand Diogo Costa, a cristallisé toutes les tensions et bousculé l’écosystème du football. Tout part d’une « promesse » faite par Jorge Jesus à Cristiano Ronaldo. Celle-ci impliquait que la star joue 30 minutes face à la Norvège, où elle n’est finalement pas rentrée en jeu. 


Absent de l’entraînement avec le groupe, Ronaldo a alors annoncé son départ, en pleine trêve, peu après une conférence de presse incisive de Jorge Jesus. Le technicien de 72 ans, qui entraîne depuis 1989, a tenu à remettre les pendules à l’heure. Quand Nuno Luz, journaliste de SIC Noticias, lui demande si « vous avez promis à Ronaldo qu’il jouerait 30 minutes ou non ? », Jesus l’amende : « J’ai promis que je voulais le faire jouer, mais je suis entraîneur. Et ça c’est très confus dans ta tête. » Il conclut, tout en poigne : « Jamais un joueur ne va changer mes idées, ni lui ni personne. Ni lui, ni le président, jamais, zéro. »


Sans plus attendre, touché, Ronaldo annonce sur Instagram son départ du rassemblement suite aux propos du coach en conférence de presse. « En temps voulu, je dirai à tous les Portugais la vérité sur les raisons qui m’ont poussé à quitter l’équipe nationale », croyait-il larguer comme une bombe.

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« Il n’a pas refusé de s’entraîner »

Un départ qui coïncide bizarrement avec une libération du collectif, qui ne cherche plus à faire la passe à la star de l’équipe en continu. Un départ qui coïncide également avec l’arrivée d’un entraîneur qui a des principes, et en a vu d’autres. Même si Ronaldo reste Ronaldo, est-il définitif ? En l’état, il est difficile de le voir revenir prochainement en sélection vu les tensions, même si Jesus a tempéré en conférence de presse d’avant-match ce jeudi : « Il n’y a pas d’affaire Ronaldo. Il n’a pas refusé de s’entraîner. »

En zone mixte après le match au Danemark, le Mister a pourtant lâché : « J’ai un groupe qui croit en l’idée de son entraîneur. » Libre à interprétation, le feuilleton portugais vient de commencer. Si le terrain va mieux, le cas Ronaldo reste une épine dans le pied. Tant et si bien que l’affaire devient étatique, avec l’intervention du premier ministre Luis Montenegro pour apaiser les tensions (SIC Notícias). Celui qui a tant apporté à son pays continue de tout gâcher, et ne cesse de se caricaturer. Sa fin de carrière internationale (et pas que) n’aura jamais été aussi proche. Comme la fin d’une lente agonie.


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