Auteur d’un but extraordinaire lors de la victoire face à la RDC en huitièmes de finale de la Coupe d’Afrique des Nations (1-0), Adil Boulbina est le nouveau héros de l’Algérie. N’ayant joué que quelques minutes jusqu’ici, l’ailier de 22 ans incarne désormais le futur des Fennecs. Un joueur pétri de talent, pour qui tout est allé très vite en quelques semaines.
Mardi 6 janvier 2026, début de soirée au Stade Moulay Hassan de Rabat. Dans ce huitième de finale, qui oppose l’Algérie à la République démocratique du Congo, deux outsiders au titre de champion d’Afrique, on se dirige tout droit vers une séance de tirs au but. Après une première mi-temps plutôt animée mais sans occasions, le reste du match est bien plus difficile à regarder. La RDC, solide, tient une Algérie en possession ballon sans véritablement en faire quelque chose. En prolongations, les Verts prennent un peu plus l’ascendant, et ont deux grosses occasions. Mais en face, Lionel M’Pasi est infranchissable. 113ᵉ minute : Vladimir Petković fait ses deux derniers changements. Ramiz Zerrouki remplace Hicham Boudaoui (auteur d’un grand match) et Farès Chaïbi sort au profit d’Adil Boulbina. On ne l’avait plus revu depuis le premier match contre le Soudan, celui-là. Entré alors que les Fennecs se baladaient (3-0), le jeune joueur s’était fait remarquer pour sa facilité à créer des étincelles. La pression d’une première sélection, dans un match de CAN ? Connaît pas. Boulbina s’amuse sur le terrain, tente. Semelle, feinte et frappe, repoussé par le gardien. Le public algérien est sous le charme. Baghdad Bounedjah — qui lui en veut de ne pas lui avoir donné le ballon — un peu moins. Il doit l’être beaucoup plus, depuis.
Fimboulbina a surgi
119ᵉ minute. Le ballon est dans le camp algérien, mais le coup est (encore une fois) mal joué par les Congolais. Récupération d’Aïssa Mandi, qui va permettre aux Fennecs de respirer. Himad Abdelli trouve Ramiz Zerrouki, si souvent décrié pour sa neutralité sur le terrain. Cette fois, le milieu de Twente accélère et claque une passe laser qui envoie sur orbite Adil Boulbina. L’attaquant se met sur son pied droit, profite d’un Aaron Wan-Bissaka à bout de forces et envoie un missile. Le ballon plane, touche la barre avant de faire trembler les filets d’un M’Pasi impuissant. Le gamin marque le but de sa vie, celui que l’on a tous rêvé de mettre avant de dormir. Il court de partout, tente d’esquiver tous ses coéquipiers qui se jettent sur lui, à la manière d’un running back. Il ne sait plus où donner de la tête, ni comment célébrer avant que tout le banc algérien ne l’arrête et l’écrase. Ce jeune homme de 22 ans, pour son deuxième match avec les A, qualifie son équipe pour les quarts de finale d’une CAN. Rien ne le perturbe, pas même cette fausse polémique de vol de pistaches. Ses larmes au coup de sifflet final, son visage mesuré lorsqu’il reçoit son trophée d’homme du match et ses louanges à Allah : tout est allé très vite. Ça l’a toujours été, pour Adil.
😱 Le BUT EXCEPTIONNEL d’Adil Boulbina qui sauve l’Algérie à la 119ème minute face à la RD Congo ! pic.twitter.com/HSfW1BCMn0
— beIN SPORTS (@beinsports_FR) January 6, 2026
Un nouveau talent du Paradou
Né à El Milia, une commune de la wilaya de Jijel, au Nord-Est du pays, Adil Boulbina est un pur produit algérien. Intégré depuis ses onze ans à la prestigieuse académie du Paradou AC (qui a notamment formé Ramy Bensebaini et Hicham Boudaoui), il est vite présenté comme le futur du football algérien. Un pur ailier gauche, d’une qualité technique au-dessus de la moyenne, dribbleur, comme le football algérien sait nous en proposer. Lors du tournoi Maurice Revello — ou le célébrissime Tournoi de Toulon — en 2022, il expliquait le rôle que joue le centre de formation du club de la banlieue d’Alger. « On nous apprend à ne pas avoir peur au duel, à contrôler le ballon sous toutes ses formes, notamment pieds nus », dans des propos rapportés par Formation FC. Il débute en professionnel à 18 ans, gagne petit à petit sa place, marque de plus en plus, jusqu’à la saison dernière, celle de l’explosion. Avec 20 buts (et 7 passes décisives s’il vous plait), il termine meilleur buteur de Ligue 1.
De quoi susciter les convoitises. Des rumeurs parlent d’intérêts de l’Ajax, du Sporting, du Real Betis, de l’OM… Il y a même Hull City, alors en Championship, qui lui propose une belle offre. Mais à la surprise générale, il choisit le Qatar, et le club d’Al-Duhail entraîné par un certain Djamel Belmadi. L’ancien sélectionneur des Verts aurait joué un rôle central dans sa venue. Ce qui a agacé bon nombre d’observateurs du foot algérien, qui souhaitaient voir ce jeune talent en Europe. Comme l’ancien international Ali Fergani : « Ce n’est pas là-bas qu’il va découvrir le haut niveau. Le Qatar, c’est trop tôt pour lui », se désolait-il à AfricaFoot. En attendant, Boulbina ne s’est pas ramolli à Doha : huit buts et cinq passes décisives en 17 matchs, toutes compétitions confondues. Dont un triplé en Ligue des Champions contre Al-Ittihad, qui a impressionné Karim Benzema. Et le Nueve ne l’a pas oublié.
Le ballon d’or français, Karim Benzema à propos de l’international algérien Adil Boulbina : » il est bon il est bon, il est fort » 😎
Les détracteurs du Paradou sont en sueur ! 😁#Algérie #LIGUE1MOBILIS 🇩🇿 pic.twitter.com/bd6jTsPHYR
— FARID BOUSSALEM (@faridmca1921) November 25, 2025
Des performances qui ne lui avaient, jusqu’ici, pas permis d’être appelé par Vladimir Petković. Il a fallu attendre un peu, cette fois-ci. Le temps de réaliser une bonne Coupe Arabe (trois buts, une passé dé) et de profiter des absences de Gouiri et Belaïli sur blessure. Cette CAN est une première transmission de flambeau, des anciens aux jeunes comme Ibrahim Maza et Anis Hadj-Moussa. Des joueurs rapides, véloces, et d’une grande qualité technique. Invité surprise donc, Boulbina a su saisir sa chance, et incarne le renouveau — comme ceux cités — d’une sélection qui a connu énormément de désillusions ces dernières années. Il ose, et cela paye, quoi qu’en disent certains. Et il continuera de le faire, car c’est son football. Alors, le rendez-vous est pris samedi, pour ce quart de finale face au Nigéria. Où Adil Boulbina aura peut-être de nouveau, un rôle majeur à jouer.
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