Andreas Schjelderup, les ailes de la rédemption

Published by Mathieu Plasse (FDM) on

La Norvège a beau être sortie de manière sale contre l’Angleterre, elle aura marqué la Coupe du monde de son empreinte. Au-delà de la domination d’Erling ou de ces rameurs fous, on pense vite à ces ailiers irrattrapables, débloquant de nombreuses situations. En tête, Andreas Schjelderup, qui risquait le statut d’éternel espoir il y a six mois encore. 

À une époque où l’on jouait encore à Football Manager, Andreas Schjelderup était le roi. Sur l’opus 2023, l’ailier originaire de Bodø trônait même en tête des joueurs les plus achetés du jeu. En même temps, quand on voit les notes de 16 en dribbles, en technique ou en première touche de balle pour un gamin de dix-huit ans, difficile de ne pas rester de marbre. Ces qualités-là, on a pu les observer au cours de ce Mondial, attelé à l’aile gauche de la Norvège. Utile pour étirer le jeu, provoquer et envoyer quelques beaux ballons pour tous les autres vikings. Difficile de ne pas avoir en tête son centre sur Erling, permettant à Rio de ne plus répondre.

Pour les quarts, le petit gars né en 2004 démarrera contre l’Angleterre. Pour une fois d’ailleurs, ayant été seulement titulaire lors du match des coiffeurs contre notre Équipe de France (où il enverra une autre passe décisive à Thelo Aasgaard). Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’entre ses courses sur le côté, ses provocations et son centre-tir se logeant dans les cages de Jordan Pickford, le monde connaît désormais son nom. De quoi donner raison à la gestion minutieuse de Ståle Solbakken, donnant du temps de jeu au feeling, à celui qui sera le plus chaud entre lui, Antonio Nusa et Oscar Bobb. Ses contributions défensives n’auront pas non plus été ignorées, de quoi songer à ses progrès réalisés du côté de Lisbonne. Sur de nombreux tableaux.

Oh Snap !

Transféré au Benfica contre quatorze millions d’euros en janvier 2023, ce petit ailier n’aura pas eu de passe-droits. Sous Roger Schmidt, l’équipe tournait trop bien avant de laisser place à une dépendance d’Angel Di Maria, qu’elle soit proposée par le Néerlandais ou Bruno Lage. Dans un collectif de joueurs tranchants et lusophones, difficile d’y trouver sa place. Alors il fût renvoyé en prêt d’où il venait… au Danemark. Si le prodige a fait ses classes dans le club de Bodø/Glimt qui n’est plus à présenter, ses débuts professionnels se déroulèrent plus au Sud, au Right to Dream Park de Nordsjælland. Porte-étendard de la ville de Farum, proche de Copenhague et du pont de l’Øresund, Andreas a fait le grand voyage vers ses seize ans, avec un message clair pour ses parents : « Je leur ai dit clairement “vous ne venez pas avec moi“, parce que je sentais qu’ils sacrifieraient la vie qu’ils pouvaient avoir à Bodø ».

Autant prendre une destination assez proche, pour celui qui avait reçu des avances du Barça, de l’Ajax ou du Bayern. C’était ça ou Copenhague, entraîné à l’époque par… Ståle Solbakken. Dans cette pépinière de talents (en majorité africains, plus précisément ghanéens), la Superliga fera connaissance avec sa vitesse, ses touches de balle et ses dribbles. Un temps aux côtés d’Ernest Nuamah, un autre aux côtés d’Ibrahim Osman. Le tout sans temps d’adaptation, effectuant ses premières apparitions à seize ans seulement.

Ce que j’ai fait au Danemark à l’époque était illégal et inacceptable. J’en assume l’entière responsabilité et j’espère que mon erreur permettra à d’autres de ne pas commettre la même après avoir entendu ou lu mon histoire.

Andreas Schjelderup

Malgré son statut de crack reconnu de tous, difficile de lui donner une occasion de se montrer, encore plus lorsque l’on verra le blondinet renvoyé devant les tribunaux en novembre dernier. La justice danoise le poursuit pour des faits plutôt graves : le partage d’une vidéo à caractère sexuel où y figure une personne mineure. Un Snap de trente secondes envoyé à un groupe d’amis, qu’il supprima quelques secondes plus tard. Devant les faits, Schjelderup plaidera coupable en s’expliquant de cette manière : « Nous nous envoyions toujours des mèmes, comme le font beaucoup d’adolescents. Quand j’ai reçu cette vidéo et que je l’ai transférée, comme nous le faisons habituellement, je n’ai pas pensé que celle-ci était différente. (…) Je n’ai aucune excuse. Ce que j’ai fait au Danemark à l’époque était illégal et inacceptable. J’en assume l’entière responsabilité et j’espère que mon erreur permettra à d’autres de ne pas commettre la même après avoir entendu ou lu mon histoire. »

Qu’on croie ou non à sa version des faits, le parquet danois souhaitait monter jusqu’à vingt jours de prison ferme. Mais le juge Mathias Eike se montrera magnanime, lui infligeant quatorze jours avec sursis. Une peine accompagnée de ces mots : « tu reçois un carton jaune », à en croire le média norvégien Verdens Gang.

José le grand frère

Devant sa supposée bonne foi, on passera vite l’éponge. La Norvège, plutôt alerte face à ces affaires de mœurs, cherchera vite à le réintégrer au sein de la sélection. Au Portugal, Rui Costa (aujourd’hui président du SLB) le soutient publiquement en soulignant sa maturité dans cette épreuve. Encore faut-il taper dans l’œil de José Mourinho, revenu au pays pour cette cuvée 2025-2026. Ce qui semble loin d’être acquis quand on voit José franc du collier après un match contre Gil Vicente : « Schjelderup est Schjelderup. Il a des difficultés pendant 90 minutes, il a des difficultés avec l’intensité et le sacrifice des transitions ». Sans concession, le Mou demande plus sans ballon : plus d’appels, plus de retours, plus de vie. Cette petite histoire aurait été l’occasion de le dégager pour un bon prix, mais il refuse. Cela fait deux ans que son développement piétine, mais peut-être qu’une occasion se profilera pour sauver son cas.

Ce jour viendra quand Benfica se trouvait au pied du mur. Dernière journée de poules, la Luz reçoit un Real Madrid déjà en grande crise structurelle. Kylian Mbappé a beau polir ses statistiques, c’est bien le Norvégien qui fera sauter la Maison Blanche. Du dribble, un danger régulier dans les derniers mètres, un but de la tête et un autre en envoyant Raul Asencio dans le décor, comme un symbole. Mais surtout, on voit un tout nouveau Schjelderup, plus concentré et plus teigneux à la récupération du ballon. Une performance remarquable accompagnée du but historique d’Anatoliy Trubin envoyant Marseille en enfer. Les Merengues obtiendront leur revanche en phase éliminatoire, mais l’important se trouve ailleurs.

Si la saison des Lisboètes se soldera par un échec et une 3e place sans relief, la fin de l’exercice verra un numéro 21 prenant le jeu à son compte, toujours plus décisif (cinq buts, quatre caviars) et déterminant dans le jeu. Une assurance qu’il doit à son maître : « Cela m’a permis de franchir un cap important, tant sur le plan offensif que défensif, et de gagner en puissance pour tenir les 90 minutes et rester performant tout au long du match. Je pense que cela m’a beaucoup aidé à cet égard ». Mourinho aura beau avoir raté sa mission dans la capitale, il a remis à l’endroit un diamant brut. Il fit naître une éthique de travail chez ce petit qui, au moment des semaines de coupure avant le Mondial, entraînera Antonio Nusa dans son idée de bosser le cardio à Marbella. Histoire de se préparer aux chaleurs étouffantes du sol américain, qui vit la confirmation de toute cette génération nordique. À compter de cet instant, Schjelderup sait qu’il ne ramera plus jamais seul.


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