Chez Zidane, le cadre avant les cadres
La prise de pouvoir de Zinedine Zidane s’est passée en toute quiétude, avec deux victoires et deux performances maîtrisées. Mais elle sera aussi sortie du lot pour sa manière d’intégrer (ou réintégrer) des joueurs externes au cadre de l’Équipe de France. En faisant évoluer des joueurs aux rôles qu’ils connaissent le mieux, sans fioritures.
Depuis son instauration à l’automne 2017, la Ligue des nations a toujours été vue comme une compétition mineure, qui remplaçait juste les matchs amicaux. De quoi parquer un public dans des stades, le temps de passer aux vrais matchs. Mais avec le temps, les plus grandes sélections européennes se sont adjugées ces échéances dans un but précis : tester du monde. Luis Enrique semble avoir été le premier à profiter de cette occasion, ayant convoqué 74 joueurs sur son mandat de quatre ans. Encore dernièrement, l’Italie de Roberto Mancini scruta jusqu’en 2. Bundesliga tandis que Jürgen Klopp a lancé son mandat avec deux listes distinctes, histoire de donner une chance à 44 joueurs. Des résultats plus ou moins concluants (l’un vient de tabasser la Turquie quand l’autre essuie une défaite contre la Grèce), mais qui permet de tirer de nombreux enseignements sur les qualités des joueurs.
Arrivé après Didier Deschamps et ses quinze ans de mandat, Zinedine Zidane se devait de s’approprier l’Équipe de France. Non pas pour effectuer un grand nettoyage mais pour offrir les ajustements que le 4e au dernier Mondial méritait. Une remise en question, un vent de fraîcheur qui n’a presque jamais été fait sous son prédécesseur, hormis pour quelques capes de Loïc Badé ou Bouba Kamara. Ainsi, des gamins comme Andy Diouf, Esteban Lepaul, Jérémy Jacquet ont pu découvrir Clairefontaine, sans pour autant s’adonner au défilé traditionnel. Une nouvelle vague plutôt bien reçue par l’opinion publique, mais qui restait réticente en ce qui concerne leur place sur le long-terme. Surtout dans une sélection où le cadre de jeu reste très conceptuel, et où le milieu de terrain demeure le chantier le plus important depuis de nombreuses années. Difficile, mais pas impossible.
Zidane, Cherki, Akliouche, tout un programme
Zidane a beau avoir soulevé trois Ligue des champions comme entraîneur au Real Madrid, mais un reproche a toujours persisté le concernant : son vœu de ne pas imposer de principes de jeu lisibles. Peut-être par incapacité, peut-être par souhait de ne pas brimer des individualités qui étaient nombreuses en Castille. Cependant, sur ses deux premières prestations sur le banc français, force est de constater que Zizou a imposé des rôles stricts sur son tableau noir. Un 4-3-3 tout ce qu’il y a de plus classique, avec trois milieux en pleine osmose.
Il a joué comme il l’a fait habituellement, comme je voulais qu’il le fasse, c’est-à-dire qu’il soit libéré et qu’il joue comme dans son équipe. Et il l’a très bien fait.
Zinedine Zidane, bon professeur.
Une harmonie que l’on ne soupçonnait pas de tomber aussi vite au sein de nos Bleus, mais soutenue par ce regista, toujours présent devant la défense, généreux en efforts défensifs dans les deux sens du terrain mais qui distribue le jeu avec parcimonie. Une ébauche que l’on a pu observer en Turquie avec la bonne prestation de Manu Koné, avant d’être mise en lumière par la première de Lucas da Cunha. Des transversales pour faire respirer, des passes verticales qui offraient une certaine sérénité, qui pouvait parfois manquer lors de certains matchs d’Aurélien Tchouameni en pointe basse. Il faut aussi dire que le milieu de Como a plus souvent pressé qu’il n’a été pressé… Une copie sobre et dans les clous, comme dirait le gourou : « Pour beaucoup de joueurs, c’était la découverte. Il a joué comme il l’a fait habituellement, comme je voulais qu’il le fasse, c’est-à-dire qu’il soit libéré et qu’il joue comme dans son équipe. Et il l’a très bien fait ».
Lucas Da Cunha vs Belgique
Première Sélection 🇫🇷🪄 pic.twitter.com/ZkQoVnNEsn
— Lil Ibra 🧨 (@Berserker92_) September 28, 2026
Mais il ne fut pas le seul produit du Stade Rennais à se montrer sous son meilleur jour, car on retrouve à ses côtés un milieu relayeur, offrant une présence physique tout en se montrant protagoniste avec le ballon. Si Adrien Rabiot a plutôt joué au porteur d’eau comme à son habitude, Eduardo Camavinga a joué au destructeur. On ne comptera pas les fois où le prodige s’est sorti de pressings en surnombre, à la force de ses semelles et ses changements de direction. Des risques qui n’ont pas toujours payé à cause de sa prise de choix, mais qui rajoutent à cette assurance cherchée dans l’entrejeu. Enfin, pour compléter le trio, un profil plus offensif intégré à la ligne de trois pour aussi faciliter les phases de possession, mais aussi trouver un ailier servant d’électron libre à ce système. Si Rayan Cherki et Michael Olise ne se sont pas trouvés à Kocaeli, Maghnes Akliouche a une connexion plus naturelle avec Désiré Doué, menant à ce solo du numéro 20 en première période.
Des séquences qui ont ravi leur guide : « dans les couloirs, cela a très bien fonctionné. Quand on n’avait pas le ballon, ce n’était pas facile parce que leurs deux latéraux jouaient très haut, et les attaquants les ont bien suivis. Tout a été bon, Désiré a été très bon. » L’ancien monégasque risque de donner des maux de tête à ZZ, pour cause que Maghnes n’était pas censé faire partie du rassemblement, Warren Zaïre-Emery ayant déclaré forfait. En l’état, Zinedine a beau avoir testé huit joueurs en deux matchs, il s’est dessiné tout de suite quatre engrenages permettant un contrôle net des rencontres. Des essais concluants, qui appellent à toujours plus de tests en laboratoire. S’il est fort peu probable de retrouver cette triplette pour une finale de Championnat d’Europe à Wembley, il paraît clair de voir le système se répéter au fil des mois. Histoire de dire que le football est un langage très facile, quand on met les bons joueurs aux bonnes places.

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