Pour ce premier épisode de « Vu du Stade« , la chronique vous faisant vivre les matchs depuis les tribunes, on s’est rendu au stade Pierre-Brisson, à Beauvais. En ce beau week-end de Coupe de France, toute l’Oise était présente pour l’US Chantilly, recevant le Stade Rennais. Entre enflammades, stress et tacle deux pieds décollés, retour sur un dimanche fini avec un goût amer dans la bouche.

Allez, prenons un petit ton blog, ça ne fera pas de mal.

Chantilly, pour moi, ça a toujours représenté deux choses. D’une part, une ville très classe, bourgeoise, bien loin de mes origines modestes. Entre son magnifique château, son hippodrome, son Prix de Diane ou ses habitants BCBG, autant dire qu’on était comme l’eau et l’huile. D’un autre côté, ce club de football, qui n’avait pas de grande réputation en seniors, mais détruisait tout sur son passage en équipe de jeunes. Cinq fois, j’ai affronté ces équipes en catégories minimes, que ce soit en amical, en Coupe de l’Oise ou au niveau Régional. Cinq défaites. Avec de belles déculottées, parfois. C’était l’équipe la plus forte du coin, avec Creil et Gouvieux. Le haut du panier, aux portes de l’Ile-de-France. Pas pour rien que l’USC a formé de bons joueurs au fil des années, comme Kevin Gameiro (de 1999 à 2004), Clément Lenglet (de 2007 à 2010) ou encore Christopher Wooh (de 2010 à 2016). 

En bref, difficile d’avoir une attache pour cette ville. Pas de rancune ou de rancœur quelconque, surtout un profond désintérêt. Même lorsque le club décroche une montée historique à l’été 2024, droit vers le National 2. L’USC réussit le tour de force que de dépasser les réserves du LOSC et du RC Lens, avec un budget bien inférieur au reste de son groupe. Un comble. Le tout grâce à des éléments comme Yacoub Yassine, 36 ans, au parcours pour le moins atypique. À commencer par des habitués de ce niveau, comme le défenseur central Souleymane Coulibaly, ou l’avant-centre Dramane Koné. Mais la vraie pioche, le vrai leader de cette ville de 12.000 âmes, c’est Ernest Seka. Bien connu à Strasbourg puis Nancy, le roc défensif se mue en véritable papa, près de la Nonette. Alors qu’il joue sûrement sa dernière saison, l’ex-international guinéen est une garantie dans les lignes arrières. De quoi assurer son maintien en N2, la saison dernière.

Le moment pour trouver sa place

Et de quoi assurer un joli parcours en Coupe de France, aussi. Depuis son entrée en lice en octobre dernier, Chantilly a dû batailler à chaque match pour avoir le droit de passer au tour suivant. Qu’il s’agisse de Laon, Grande-Synthe et surtout de Cormontreuil, pensionnaire de Régional 1. Le match le plus « facile » ayant été en 32ᵉ de finale contre Freyming (R2), petit poucet de cette année. Le niveau a forcément monté d’un cran, quand l’USC se retrouve tiré face au Stade Rennais en seizièmes. Un match qui ne se jouera évidemment pas à Chantilly, le stade des Bourgognes étant même trop limité pour le niveau N2. Entre Beauvais et un stade Walter-Luzi flambant neuf à Chambly, c’est le chef-lieu de l’Oise qui a été choisi. Peut-être pour éviter l’envahissement de terrain, vu la grille de deux mètres séparant le terrain des travées.

Le sport commence dès le moment où il fallait prendre ses places, le 30 décembre dernier. La demande risque d’être bien supérieure à l’offre, puisque les matchs de cet acabit sont une denrée rare dans le département. Beauvais sort avec les honneurs contre Dieppe, tandis que Chambly s’est fait piéger en déplacement à Steenvoorde (R1). Ne pas aller à ce match, c’est la garantie de ne pas avoir de grand évènement à proximité pour l’année 2026. C’est alors, qu’une une coupure de courant survient dans l’entièreté de la ville où je réside. Pas d’électricité, pas de Wi-Fi, pas de batterie externe, rien. Le tout à une heure de la vente des billets. Et ça va durer longtemps. Contraint et forcé, je dois aller dehors, braver le froid et obtenir des tickets avec une 3G rappelant la belle époque de l’ADSL. 18h03, heure où l’on accède difficilement au site, 80% des places sont déjà vendues ou offertes aux licenciés du département. Sans trop réfléchir, je sélectionne une tribune, je passe à la douloureuse et j’essaie d’éviter la grippe carabinée qui me guettait. En espérant en avoir pour mon argent.

Purée, on n’est pas du bon côté pour les photos !

La dernière fois que j’étais passé dans ce stade, c’était il y a trois ans, lors d’un France-Cameroun (4-0), en préparation pour l’Euro féminin. Autant vous dire qu’il y a le double du monde lors de ce dimanche. Pour les gens, ce match, c’est du sérieux. Qu’on soit licencié au club ou qu’on n’aie jamais mis les pieds à Chantilly, ce qui ne serait pas étonnant non plus. Guichets fermés, près de 10.000 places sont comptabilisées. La seule fois où le stade avait fait plus de visiteurs, c’était aussi grâce la reine des compétitions. Un quart de finale entre Beauvais et l’Auxerre de Boli et Bruno Martini, en 1989. Trente minutes sont nécessaires, de l’entrée au stade à l’arrivée en tribunes, c’est dire. Avec la mauvaise surprise de ne pas avoir de place attitrée. On est obligés d’avoir des places nominatives, sous prétexte de te trouver individuellement en cas de grabuge, mais rien à cirer si tu dois t’asseoir dans les escaliers ! Ce fut d’ailleurs le cas de quelques malheureux, arrivés trop tard.

Les minutes défilent, le speaker donne de la voix. Speaker qui essaie tant bien que mal à réveiller un public un peu endormi, décroché d’un club qu’il ne supporte pas vraiment. Faute aussi à une tentative de chant « qui ne chante pas, n’est pas Chantilly ! » qui ne risque pas d’être repris. Quand il y a plus de syllabes que le chant de départ, ça s’entend tout de suite. Qu’importe, les tribunes sont remplies, beaucoup d’enfants ont eu la chance d’être présents ce soir, la bonne ambiance arrivera naturellement. Petit hommage à Christophe Gleizes, injustement emprisonné depuis 197 jours, et le sifflet retentit.

Jésus, Marie, Evens Joseph

Sans forcément avoir de système fétiche, Yacoub Yassine affiche son 3-4-1-2 habituel, accompagné d’un bloc bas et de lignes resserrées. Le plan de jeu est forcément assez simple : être dur à la récupération du ballon et arriver à toucher Dramane Koné et Ismail Karamoko, tous deux faisant un mètre 90. Plutôt logique, lorsque Habib Beye aligne son onze titulaire en Ligue 1, à l’exception de Mohamed Kader Meïté. Très vite, les Rennais imposent leur rythme, et font mal sur le côté gauche. Que ce soit par les projections de Mahdi Camara ou Musa Al-Taamari, imprenable en un contre un. Surtout lorsque son client du soir, Oumar N’Diaye, n’est pas un latéral de métier. Le Jordanien n’a qu’à atteindre qu’il se jette pour l’éliminer ou combiner. Une source de bon nombre de ballons dangereux. Mais la lumière ne vient pas. Des centres à ras de terre qui ne trouvent pas preneur, de bonnes interventions défensives… Et surtout de belles parades signées Corentin Michel, doublure Marvin Golitin dans les cages. Vingt minutes passent, et le score n’évolue pas.

On se dit que Rennes va forcément marquer à l’usure, mais Chantilly tient. Autant prendre confiance. Davantage de récupérations au milieu de terrain, plus de tentatives de transitions… C’est à ce moment précis que le stade donne de la voix. De quoi chauffer certains joueurs au point de tenter des dribbles qu’on ne retrouve plus que dans les compils Joga Bonito. L’essentiel reste là : celui de ne pas subir entièrement ce match. Même lorsque les incursions dans leur propre surface se multiplient. Une première frappe arrive même à la demi-heure, après une jolie sortie de balle. De quoi exciter davantage la foule, devenant très vocale sur un arbitre enchaînant les petites erreurs.

Les anglais font une syncope devant ces places debout.

Les tribunes atteindront leur climax à la 42 minute. Après une énième récupération, Chantilly profite d’un rare moment où Rennes est découvert derrière. Evens Joseph, ancien du Stade Malherbe de Caen, part comme une balle. Le public se plaint qu’il ne soit pas servi directement. Ismail Karamoko va plutôt envoyer Dramane Koné, travaillant sur Valentin Rongier. Le capitaine trouve une belle ligne de passe pour Oumar N’Diaye, ayant fait l’effort jusqu’à l’axe. Ce dernier va enfin servir Joseph, oublié de tous. Sur son mauvais pied, le natif de Neuilly-sur-Marne ne se pose même pas la question. But. Ce fut laborieux, avec deux bouts de bois, mais ce fut une action bien travaillée. De quoi résumer l’US Chantilly. Pierre-Brisson explose. Jamais, je n’avais ressenti un stade aussi bruyant dans ce département. Un moment que seul la Coupe de France peut apporter. Étrangement, personne ne semble se plaindre du fait que le numéro 7 était parti avec un mètre d’avance.

Yata-barré de la route

La mi-temps est sifflée sur ce moment de pâmoison collective. Le temps de passer aux toilettes, pleines au point de rappeler la ligne 8 Opéra – Madeleine. Le retour sur le terrain ne se passe pas très bien pour la cylindrée de Ligue 1, multipliant les déchets techniques. Même Jérémy Jacquet, d’habitude si inamovible, commence à lâcher du lest sur des duels. Beaucoup de ballons rennais filent en touche ou en sortie de but. De son côté, Chantilly tient son rang. Ernest Seka commande tout sur le terrain, accompagné d’Adon Gomis (ex-Laval, Dunkerque, Rouen). Le latéral gauche Mahamadou Sissoko, encore dans la réserve du Red Star l’année précédente, fait le match de sa vie contre Ludovic Blas. Souleymane Coulibaly fit même lever le stade avec un tacle parfait, envoyant le Réunionnais dans les orties. Xavier Decroix et Yacine Boucharoud font tous deux une belle rentrée, malgré leur gabarit moindre.

Les actions ne viennent plus comme en première période, mais une lueur apparaît. Celle que personne n’avait au début du match. Celle qui fait qu’il pourrait bien y avoir un exploit dans ce tour morose de Coupe de France. En tout cas, Rennes n’a pas l’air de se battre pour, tombé dans un faux rythme depuis près d’une heure. Jusqu’à cette fameuse 68 minute. Le moment où Alidu Seidu se jette à corps perdu dans l’entrejeu cantilien, et grappille mètre par mètre. Le tout, avant de tomber sur un Sambou Yatabaré taclant les deux pieds décollés. Grosse frayeur pour le Ghanéen, déjà si fragile. Et surtout, énorme coup au moral puisque monsieur Pignard ne peut sortir que le carton rouge. Un acte de sabotage en Coupe de France dont il n’est pas étranger, coupable d’une main à la 90 lors d’un Amiens-Metz en 2021, qualifiant les Grenats. Le tout alors que les vétérans faisaient un si beau match…

Une queue plus grande qu’au Stade de France.

Les tribunes peuvent pousser leur plus bel « Arbitre enculé ! », il n’y a rien à faire. Le tout est de garder ses cages jusqu’à la fin. Une illusion qui va durer dix secondes, lorsque Quentin Merlin va transformer un magnifique coup-franc dans la foulée. Une minute après, Al-Taamari remplit l’autre lucarne. Elías Legendre lancera sa carrière professionnelle pour faire le break. Le mirage est passé. Ernest Seka aura beau faire des interventions monumentales, Boucharoud va tenter des exploits individuels, cela restera au stade de l’anecdote. L’équipe d’Habib Beye passe en huitièmes de finale, sans gloire mais sans trop de discussions au final. Tout le monde rentre chez soi dans le silence, par la seule sortie consacrée pour près de 10.000 personnes.

Dans un entretien pour 13HeuresFoot, Yacoub Yassine racontait « qu’il n’y a pas beaucoup de monde qui vient voir nos matchs à Chantilly, en plus on joue à Senlis. » Moins populaire que Chambly ou Beauvais, le petit poucet du National 2 n’attire pas les foules, surtout dans une ville peu attirée par le ballon rond. Il fallait un grand soir pour arriver à faire parler de ce club. Dans une Coupe de France où Bayeux est le seul club amateur pouvant encore passer en huitièmes, la publicité aurait été monstrueuse. Mais on pourrait retenir ce soir du 12 janvier, comme celui où un petit club pouvait battre le grand de Ligue 1. Un message magnifique, aussi bien pour un effectif qui lutte pour rester à ce niveau. Mais aussi pour les petits d’ici, résignés à aimer le grand Paris Saint-Germain, ou Lille et Lens, pour les plus irréductibles. À nous de suivre, maintenant.


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