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Omonia – Pafos : enfin de l’or à Chypre

Affiche anodine au premier abord, le barrage de Conference League entre l’Omonia et le Pafos FC se veut unique en son genre. En plus d’un ticket pour les huitièmes de finale, ce sont deux équipes de Chypre qui se retrouvent dans un match couperet. Zoom sur deux clubs qui cherchent à devenir le numéro 1 de l’île.

Les affiches de Coupe d’Europe entre deux équipes de la même patrie, des évènements qui font souvent mouche. Cela a pu donner des finales de Ligue des Champions épiques, telles que Real – Atletico ou Manchester United – Chelsea. Tout comme des affiches plus exotique, à l’image de Shakhtar – Dynamo Kyiv (Europa League 2008-2009). Chez nous, on peut se targuer des mythiques Bordeaux – Lyon ou d’un Paris – Brest il n’y a même pas deux jours.

Pourtant, l’éclatante prestation d’Ousmane Dembele ne doit pas occulter ce qu’il se passe ailleurs. A 4.000 kilomètres de là, l’Île de cuivre se prépare. Les 13 et 20 février 2025, se joueront une double confrontation de Conference League, entre l’Omonia Nicosie et le Pafos FC. Deux clubs chypriotes s’affrontent en phases éliminatoires. Un moment inédit dans l’histoire du pays.

L’heure de la transition

Un match éliminatoire de Coupe d’Europe entre deux clubs de Chypre. Il n’y a que la Conference League, petite dernière des compétitions continentales, pour proposer de tels évènements. Parfois décriée pour creuser l’écart entre les grandes écuries et le reste, la C4 sait aussi faire les affaires de certains. C’est en tout cas ce que pense Stéphane, franco-chypriote passionné du football local, résidant à Nicosie :

Oui, il est plus difficile pour des championnats à l’image de Chypre d’accéder à la Ligue des Champions et l’Europa League. Mais on se retrouve tout de même avec un nombre important d’équipes en Conference League. Ce qui permet aux d’engranger des victoires, des qualifications et de l’argent. Tout en affrontant face à de grosses cylindrées européennes. A l’image de l’APOEL, qui a battu la Fiorentina en novembre dernier (2-1).

Au-delà d’un affrontement entre deux clubs compatriotes, se profile une opposition entre deux clubs bien différents. D’un côté, l’Omonia (ou Omonoia selon romanisation du grec, ndlr), deuxième plus grand club du pays avec 21 titres de champion. L’équipe ornée du trèfle remonte la pente depuis quelques années et l’arrivée de Stavros Papastavrou à sa tête. En proie à une crise financière et sportive, l’homme d’affaires américano-chypriote remet des fonds tant espérés. Le centre d’entraînement et l’académie se voient modernisés, et l’effectif prend un coup de neuf. Notamment par le biais de Tomas Hubocan et Eric Bauthéac, deux anciens noms de notre Ligue 1.

Pourtant, ce pont d’or ne plaît pas à la Gate 9, groupe d’ultras à l’idéologie communiste. Alors que le club appartenait aux fans, l’Omonia devient propriété d’une société privée. Une injure réparée par la création de leur propre club en 2018 : l’ALS Omonia. Idée qui a bien germée, puisque le club a atteint la première division l’été dernier.

Communistes ? Vous avez dit communistes ? (Crédit photo : ALS Omonia 1948 Athens Club – Facebook)

La période COVID devient prospère. Premiers du championnat à son arrêt en 2020, le club gagne son dernier titre de champion l’année suivante. Mais malgré deux Coupes de Chypre (2022 et 2023) et des participations régulières à la Coupe d’Europe, on note une irrégularité constante. Surtout depuis le renvoi de l’entraîneur norvégien Henning Berg, en février 2022. Les années suivantes consistent en un équilibre impossible entre championnat et Coupe d’Europe, accompagné d’une valse des entraîneurs. Preuve en est avec l’année 2024, qui vit quatre coachs sur le banc de l’Omonia. Dont un intérimaire, le grec Giannis Anastasiou, en place depuis novembre.

Ouais, c’est Pafos

A deux heures de route, près de la mer Méditerranée, le cadre paradisiaque de Paphos. Troisième plus grande ville de l’île, elle se fait nommer Capitale Européenne de la Culture en 2017. Soit la même année que le club se fait racheter par Total Sports Investments, consortium russe. Un peu à l’image de l’Aris Limassol, champion de Chypre 2023. Une aubaine pour cette équipe créée trois ans auparavant, de par une fusion de deux clubs locaux. L’objectif est clair : devenir la place forte du football chypriote. Six ans après le début du projet, on peut dire que tout se passe bien.

Première étape : ne pas transformer le club à ton image. Les symboles forts persistent, à l’image du visage d’Evagoras Pallikarides (révolutionnaire condamné à mort durant l’insurrection de Chypre en 1957, à l’âge de 19 ans, ndlr), trônant sur l’écusson. Deuxième étape : en plus de moderniser les infrastructures, créer « une stratégie de recrutement pensée sur le long terme », nous explique Stéphane (détenteur d’un compte Twitter sur le football chypriote). Un pattern devenu régulier dans le club Pafos : ce mélange entre jeunes prometteurs d’à travers le monde et joueurs expérimentés.

Evagoras Pallikarides, mort pour la liberté.

Exemple le plus marquant : celui d’Onni Valakari, milieu offensif finlandais, qui va vite obtenir les clés du camion. Cinq ans et quarante-six buts plus tard, il part à la Conquête de l’Ouest et San Diego. Tout le contraire du roumain Vlad Dragomir, lui aussi pièce maîtresse du mitard chypriote. Les vétérans sont au départ des opportunités à bas prix, comme Kevin Berigaud (Montpellier, Evian), Bakary Sako (Saint-Etienne) ou Jason Puncheon (Crystal Palace).

Troisième étape : faire grandir l’équipe à vitesse raisonnable. Malgré quelques années dans le ventre mou, les locataires du Kyriakides Stadium gravissent les échelons. Au fil des années, neuvième place, huitième, septième, sixième, quatrième, pour arriver une Coupe de Chypre en 2024… A l’hiver 2025, c’est bien le Pafos qui règne sur le football chypriote en leader. Le tout avec une solide douzième place de Conference League, garnie de prestations solides contre la Fiorentina et Heidenheim. Les chypriotes s’y prennent bien.

Encore un coup de ces satanés espagnols

Les XI probables de l’Omonia (à gauche) et de Pafos (à droite).

Au-delà d’une confrontation entre deux clubs à l’histoire diamétralement opposée, ces matchs peuvent bien être le théâtre d’un spectacle offensif. En effet, Pafos et l’Omonia demeurent parmi les meilleures attaques du championnat (tous deux 46 buts, juste derrière l’APOEL (48 buts)). Du côté de l’Omonia, l’aspect tactique est plus que simple. 4-4-2 à plat, recherche du danger sur le côté avec Loisos Loizou et Willy Semedo (ex-Grenoble), et projection des latéraux accompagnée de centres, à l’image du marocain Amine Khammas. Pourtant, leur plus grande menace offensive dans l’axe. Deux anciens joueurs de Ligue 1 la composent : Mariusz Stepinski (légende du FC Nantes, dans le mauvais sens du terme) puis Stevan Jovetic.

S’il s’apprête à jouer son premier match de Conference League cette saison (arrivé en Chypre en octobre), le monténégrin n’a pas tardé à montrer son grand talent. Quitte à se muer en véritable meneur de jeu,  en redescendant d’un cran. Enfin, l’Omonia dort sur ses deux oreilles en défense. En grande partie grâce à la présence du brésilien Fabiano. Ancien portier de Porto, le vétéran affiche une forme olympique cette saison, avec onze clean sheets ! Dont une fameuse invincibilité de 587 minutés, arrêtée ce weekend contre… l’ALS Omonia. Beau derby.

Un croate en Or(sic)

Un système de jeu plus travaillé se dessine pour Pafos. Encore une fois, preuve d’un travail de longue haleine, le temps de trouver la bonne formule. Cette formule se crée avec l’arrivée de Juan Carlos Carcedo en juillet 2023. Homme de main d’Unai Emery jusqu’en 2019, l’espagnol partage de nombreux préceptes avec son ancien associé. Système en 4-2-3-1, recherche de combinaisons et un travail évident de la contre-attaque. On retrouve même un pressing agressif à la perte de balle. En plus d’une attaque percutante, Pafos devient la meilleure défense du championnat (dix buts encaissés en vingt-deux matchs).

Composée de l’espagnol David Goldar et du néerlandais Derrick Luckassen, ce dernier sera suspendu au match aller. Petite frayeur, tant le néerlandais s’était montré convaincant en Conference League. Au moins, son compère reste une menace des deux côtés du terrain, notamment sur coups de pied arrêtés (sept buts cette saison). Mais il n’est pas la seule menace offensive de cette équipe, au contraire. La doublette Vlad Dragomir – Pêpê distille de bons ballons en transitions offensives, tandis que le brésilien Jaja sait se faire remarquer par sa percussion et sa frappe de balle. Autres brésiliens de choc, Jairo da Silva et Anderson Silva, en combat permanent pour une place en pointe. Tous deux auteurs d’une dizaine de buts, le deuxième semble être la préférence du coach sur les derniers matchs.

Pas venu pour les vacances. Bon, peut-être un peu quand même. (Crédit photo : Pafos FC – Facebook)

Mais, l’interrogation générale repose sur leur nouvelle recrue : Mislav Orsic. Diabolique avec le Dinamo Zagreb, le croate revient de deux années cauchemardesques, au bout du banc de Southampton puis Trabzonspor. Posté sur l’aile gauche, il a très vite fait forte impression contre l’Omonia Aradippou et devrait être au cœur des joutes. Arrivé gratuitement sur l’île, Orsic symbolise le bon travail du club, à la recherche d’une amélioration constante de son effectif, avec des joueurs toujours plus talentueux. A noter aussi l’arrivée de Ken Sema, milieu polyvalent de Watford, qui ne risque pas de faire autant de bruit.

Enjouement plus sobre que prévu

Si nous faisons notre possible pour vous convaincre, cher lecteur, que ce match possède une portée historique, certains en sont moins convaincus. Les supporters chypriotes. Non pas que le match n’est pas attendu ou se joue dans l’indifférence générale. Plutôt un mélange entre déception et l’absence d’une vraie rivalité, comme nous raconte Stéphane :

Étonnamment, il n’y a pas vraiment de « hype ». Cela peut s’expliquer que le Pafos FC est un club assez récent, avec un groupe de supporters important mais moins influent que ceux de l’Omonia. De plus, ils ne se trouvent pas dans la même ville,  donc il y a peu de rivalité. Surtout, les chypriotes avaient en tête que le tirage des barrages de Conference League aurait pu faire tirer l’APOEL contre l’Omonia. Les deux clubs de la capitale, ce qui aurait été le match le plus électrique de la semaine.

Même si Chypre ne tombe pas en pâmoison devant l’affiche, on peut observer un parti pris pour une des deux équipes. La plus récente des deux, une fois n’est pas coutume. « Une grande partie de l’île va supporter Pafos, parce que les supporters des autres gros clubs sont anti-Omonia. A l’image de la Gate 9, les supporters de l’Omonia ont pour réputation d’être de gauche, voire communistes. A l’inverse des fanatiques des autres clubs chypriotes, comme l’Anorthosis, l’AEL ou l’Apollon Limassol. » La ville de Limassol sera d’ailleurs bien présente à ces hostilités, le Pafos FC jouant ses matchs de Coupe d’Europe au sein de l’Alphamega.

S’affronter une troisième fois en neuf jours (22 février, pour le compte du championnat) ne doit pas aider à la tension de l’affiche. Quitte à tout faire comme Paris – Brest…

Le match aller se tiendra jeudi 13 février 2025 à 21 heures, diffusé sur Canal+ Live 7. Quand au match retour, rendez-vous jeudi 20 février 2025 à 18h45, sur Canal+ Live 9.

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