En finale d’une Coupe du monde pour la première fois de leur histoire, l’Autriche doit cette épopée en bonne partie à Johannes Moser, étincelant durant la totalité de leur séjour. Formé à bonne école, celui ayant fait toutes ses classes à Salzburg s’inscrit dans la continuité des jeunes du groupe Red Bull. De quoi renvoyer le pays au centre de la carte ?

À l’origine, les Moser avaient pour habitude de servir l’Italie. En témoigne la famille de cyclistes dont provient Francesco, trois fois vainqueur du Paris-Roubaix et lauréat du Giro 1984, né dans le Trentin-Haut Adige, région grandement germanophone. Pourtant, le 24 novembre, en demi-finale d’une Coupe du monde U17 disputée au Qatar, les petits Azzurini ne vont faire que de la figuration. D’abord, sur une jolie frappe croisée à l’heure de jeu. Puis, juste avant le coup de sifflet final, un coup-franc magistral venant se loger dans le petit filet d’Alessandro Longoni. Le petit homme à l’origine de cette souillure ? Un dénommé Johannes Moser, né le 16 janvier 2008.

Pour ajouter à la punition, le petit père Moser s’est démarqué par ses offensives constantes dans le camp des ritals. Au-delà de sa finition clinique, sa facilité à porter la balle, éliminer les défenseurs et trouver les espaces ont dû ravir les observateurs. Cantonné à l’aile gauche, il reste très libre pour pencher vers les demi-espaces et agresser les dernières lignes. Une tendance qui fait déjà penser à un autre meneur de jeu teuton, en la personne de Florian Wirtz. Pas un hasard si l’Autrichien aurait tapé dans l’œil du Bayern Munich durant la compétition.

Moser et tous ses frères

Des performances éblouissantes auréolées de huit buts, le jeune de dix-sept ans aura fructifié son périple au Qatar. Cependant, le natif de Klagenfürt ne reste qu’un rouage dans un collectif très bien huilé. Dirigée par Hermann Stadler, grand nom de l’Austria Salzburg et coordinateur des équipes de jeunes depuis vingt ans, l’équipe se démarque aussi par sa solidité défensive et son intensité dans les duels. Un onze tout-terrain, qui n’en finit pas d’imposer sa loi dans le Golfe. Sept matchs, dix-sept buts marqués et un seul pion encaissé contre la Nouvelle-Zélande. Pascal Zuberbühler, ancienne gloire suisse envoyée par la FIFA, en reste fasciné. « Ils défendent durement, sont très minutieux et savent exactement où se placer ou comment s’aligner. Leur jeu de transition est tout simplement incroyable. Ils ont des joueurs clés de l’attaque jusqu’au gardien. C’est une colonne vertébrale solide ; c’est comme cela qu’on gagne un tournoi. »

Une mentalité de choc, associée à une kyrielle de talents eux aussi révélés lors de ces vingt jours. En tête, Hasan Deshishku, jeune talent de l’Austria Wien, tout aussi joueur sur son côté droit. Au point d’être décisif lors de la gifle contre l’Angleterre en quarts de finale (4-0). Sans parler des qualités de leader affichées par le milieu défensif Vasilije Markovic ou le capitaine Jakob Pokorny, coéquipier de Moser à Salzburg. Un succès qui pourrait être estampillé Red Bull, puisque neuf joueurs sont issus de leur centre de formation. Tous risquent de passer par le FC Liefering, porte d’entrée des pros, ayant vu grandir Dayot Upamecano ou Dominik Szoboszlai.

Il y a encore les faux supporters dans les tribunes. (Crédit photo : ÖFB Youngsters – Facebook)

Le plus impressionnant là-dedans, c’est que ce parcours pourrait bien effacer la prouesse de leurs aînés, réalisée deux semaines auparavant. La qualification de l’Autriche à la Coupe du monde, une première depuis 1998. Résultat obtenu grâce à une génération peut-être moins éclatante balle au pied, mais elle aussi très intense et intelligente dans son jeu. Un système coordonné avec brio par le cerveau Ralf Rangnick. Ce n’est que la suite logique, pour un pays qui n’a jamais cessé de se concentrer sur la formation. Et si la finale au Khalifa International Stadium se jouera contre un Portugal tout aussi solide derrière, le constat est là. Lancé par un Johannes Moser potentiellement meilleur buteur et meilleur joueur de la compétition, ce collectif pourrait bien faire croire un jour au retour de la Wunderteam.