Le lendemain de Noël, le football français se trouve en deuil. Annoncé par le club de Montpellier, dont il occupait le banc il y a encore quelques mois, Jean-Louis Gasset vient de nous quitter, à l’âge de 72 ans. Unanimement reconnu pour ses qualités humaines, c’est un grand homme de l’ombre qui tire sa révérence.
24 mai 2019, ultime journée de la saison en Ligue 1. Dans une rencontre sans grand enjeu, Angers reçoit au Stade Raymond-Kopa l’AS Saint-Étienne. Une équipe redevenue très joueuse, et assurée d’une quatrième place en championnat. Ce qui paraît être de la science-fiction, quand on voit l’état du club aujourd’hui. Un beau redressement, assuré par Jean-Louis Gasset, accompagné de son vieil ami Ghislain Printant. Alors, quand le vieil homme annonce sa retraite (qu’il ne tiendra pas longtemps), on s’attelle à lui faire un cadeau d’adieu. Qu’il s’agisse de Wesley Fofana ou William Saliba, qui feront leurs débuts professionnels sous sa houlette. Ou encore des joueurs parfaitement relancés, comme Wahbi Khazri, Yann M’Vila ou Timothée Kolodziejczak. Au moment de rentrer sur la pelouse ce soir-là, tous les joueurs stéphanois se voient affublés d’une casquette. Couvre-chef indissociable de leur entraîneur chéri. Une attention l’ayant touché profondément, et faisant mentir Luis Fernandez, estimant à l’époque qu’il ne toucherait plus au poste de numéro 1.

(Crédit photo : AS Saint-Etienne)
Car, si les dernières années de sa vie se sont effectuées à ce poste, impossible de nier que le football français le retiendra surtout dans ce rôle d’adjoint. Le numéro deux. Celui qui effectue toutes les besognes, qui éclaircit les idées tactiques de son supérieur. Mais qui ne prend jamais la lumière ou qui ne va jamais toucher un mot aux journalistes. De toute façon, il n’aimait pas ça, Jean-Louis. Ce qu’il aimait, c’était le football dans sa forme la plus pure. Tout ce qui allait au-delà du joueur, vers l’humain. Une manière de coacher à l’odeur de bois de santal, aux antipodes du football actuel. « Il faut comprendre que c’est quelqu’un qui va à contre-sens de cette nouvelle génération d’entraîneurs qui sont presque des ordinateurs. Qui parlent tout le temps de tactique, de foot comme si c’était de la bataille navale ou une partie d’échecs », rappelait David Bellion dans les colonnes de SoFoot. Après tout, quel entraîneur actuel ordonnerait à Souleymane Diawara de faire la bringue tous les jeudis pour se remettre à l’endroit ? Un effet placebo avec du succès, puisque le défenseur central s’est envolé pour Marseille dans la foulée. Peut-être pour cela, que Bordeaux connaîtra ses plus belles années sous sa houlette, aux côtés du Président.
Le coeur avant le ballon
Une manière de faire qui, sur le point de vue relationnel, fonctionnait partout. Même avec des stars mondiales comme Zlatan, connu pour son caractère parfois difficile. Pourtant, le Z n’en garde que des bons souvenirs : « Avec Laurent Blanc, on a vécu une période positive, on a gagné beaucoup de choses. Il a fait en sorte que les joueurs restent eux-mêmes et puissent s’exprimer. Il imposait très peu de restrictions et il avait un très bon adjoint, un type vraiment fantastique. A deux, ils ont créé un jeu que j’ai rarement joué en club, qui m’a rappelé Barcelone. » Quelque soit le niveau de jeu, l’ego ou l’expérience de son vestiaire, Jean-Louis Gasset avait la même attitude. Une figure paternelle, très carrée avec un soupçon de gouaille, qui permettait de les avoir aux sentiments.
Les avoir par les sentiments oui, mais aussi par le pouvoir rassembleur de ses causeries. Aujourd’hui, lorsque l’on parle de causeries, tout le monde pense à celle du tribun Pascal Dupraz, et à juste titre. Mais se souvenir du talent oratoire du Montpelliérain face à ses joueurs, serait une belle manière de lui rendre hommage. Arnaud Nordin, son petit poulain à Sainté, s’en rappelle quand il fallait renvoyer le club en C3 : « On savait très bien l’importance du match et que l’AS Saint-Etienne avait besoin de retrouver l’Europe. L’entraîneur a eu des mots forts, il a joué sur l’émotion, nous a dit que les Stéphanois vivaient pour leur club et méritaient l’Europe. Ça m’a d’autant plus touché que j’ai été formé ici mais tous les joueurs étaient réceptifs et ça nous a encore plus donné envie de nous « tuer » sur le terrain ».
Mais s’il ne fallait en retenir qu’une, il faudrait prendre celle de Marseille – Benfica. L’OM vit une saison 2023-2024 cauchemardesque, entre arrivée en coup de vent de Marcelino et un Gattuso qui fait au mieux. C’est alors qu’entre en scène l’homme à la voix rauque. Sans pouvoir tout rattraper en Ligue 1, l’homme à la casquette offre un parcours européen que seule la Canebière peut nous offrir. D’abord, un 4-0 sec face à Villarreal, avec un Amine Harit ressuscité. Ensuite, une bataille mémorable contre le Benfica d’Angel di Maria. Surclassé au match aller à la Luz, Jean-Louis sort une causerie dont lui seul avait le secret. On n’a pas d’images de ce moment, mais quelques mots sont ressortis : « Rentrez dans l’histoire ». De quoi emmener le Vélodrome dans une séance de tirs aux buts haletante conclue par Luiz Henrique.
Sportivement, l’effet Jean-Louis n’a pas fonctionné à chaque passage. La mission impossible à Istres, la mission impossible à Montpellier ou le craquage de la Côte d’Ivoire contre la Guinée équatoriale. Mais quoi qu’il arrive, personne n’aura à redire sur lui. Sébastien Haller, vainqueur de la Coupe d’Afrique quelques jours plus tard, le racontera : « Coach Gasset, humainement, c’est comme le papy. Il est assez bienveillant, gentil, prend le temps de discuter, il est posé. Il parle calmement. Il va être entouré de son staff qui va gérer les choses tranquillement mais ça passe aussi pas mal par le dialogue et la relation humaine.» Un esprit tout droit sorti de sa ville de toujours : Montpellier. Tout au long de sa vie, Jean-Louis Gasset a épaulé le MHSC. Joueur pendant dix ans, adjoint et trois passages en tant qu’entraîneur, pour rendre service aux Nicollin. Tout autour de l’Hexagone, Jean-Louis Gasset a propagé cette mentalité venue de l’Hérault.
Une personne très méthodique et en même temps chaleureuse, qui pouvait travailler dur comme couper par une partie de pétanque avec ses joueurs. Car il avait compris mieux que tout le monde que le football, c’est jouer avec le coeur avant de jouer avec le ballon. Adieu Jean-Louis, en espérant que tu sois heureux en retrouvant Andrée et Loulou.
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