Défait par le Cameroun (0-1) pour son premier match de Coupe d’Afrique des Nations, le Gabon est déjà au pied du mur.  Les Panthères de Pierre-Emerick Aubameyang joueront déjà leur survie dans la CAN face au Mozambique, à Agadir. Une compétition où se joue peut-être le dernier acte d’une génération marquée par une histoire contrariée, des moments forts et une ultime ambition collective.

Il est bien là ! Pourtant, le doute s’installait et la question se posait sur toutes les lèvres du peuple gabonais ces derniers jours. Une crainte qui risquait de se répéter, après le dernier rendez-vous manqué, officiellement pour avoir contracté le Covid-19. Officieusement, exclu pour avoir passé une soirée bien arrosée avec Mario Lemina. C’était il y a trois ans, au Cameroun. Cette fois-ci, pas de fête ni de boissons : Pierre-Emerick Aubameyang, touché à la cuisse gauche, ne voulait pas manquer cette CAN. Et même s’il est au Maroc avec le groupe, personne ne sait si l’attaquant sera bien disponible. Entré dès la demi-heure de jeu contre les Lions indomptables, alors que ses coéquipiers étaient déjà menés, l’avant-centre a, simplement par sa présence, insufflé un nouveau souffle à son équipe. Une présence qui n’aura pas du tout plu à l’Olympique de Marseille, soucieux de l’état physique de son avant-centre. Même si le score n’a pas bougé, le Gabon a affiché un bien meilleur visage et aurait pu espérer mieux en ce Réveillon.

Pour Auba, c’est potentiellement la dernière compétition internationale qu’il dispute. Alors, cette édition est d’autant plus importante, dans son histoire contrastée avec les Panthères. Sans conteste plus grand joueur de l’histoire du pays, le fils de Pierre — ancien international — n’a pas toujours été compris par le peuple gabonais, et inversement. Cette mésaventure citée plus tôt, ses absences et retours, ses liens avec la famille Bongo, à la tête du Gabon depuis soixante ans… Car les Aubameyang entretiennent des rapports étroits avec la famille présidentielle. C’est Ali Bongo lui-même qui a convaincu Pierre-Emerick de revenir en sélection, après l’épisode de 2022, et l’annonce de sa retraite internationale. “J’ai eu l’immense honneur d’être reçu par le président de la République de mon pays et par la même occasion de pouvoir écouter les paroles sages qu’il m’a transmises tel un père parlant à son fils. Suite à cela, je me remets donc à disposition de mon pays et du coach”, disait-il sur Instagram. Le père a été aperçu plusieurs fois aux côtés de l’ancien chef d’État, alors que le fils lui a affiché clairement son soutien après le coup d’État militaire du 30 août 2023, mettant fin au règne sans partage des Bongo.

Mais l’heure est désormais à l’apaisement, surtout depuis l’arrivée sur le banc gabonais de Thierry Mouyouma, qui a su recréer un collectif. Ainsi, le Gabon a même, pendant un temps, espéré décrocher une place en Coupe du Monde. Auteur d’une campagne de qualification quasi parfaite (huit victoires, un nul, une défaite), les vaillantes panthères n’ont rien pu faire lors du barrage contre le Nigeria (4-1 aux prolongations). Déçues, mais fières, elles s’avancent avec ambition dans cette Coupe d’Afrique, dans le groupe de la mort, composé du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, et du non moins redoutable Mozambique. Forcément, le buteur de l’Olympique de Marseille est attendu, lui qui vit ses dernières heures en sélection. Derrière lui, c’est toute une génération qui arrive à son crépuscule. Une génération tribulant depuis déjà une quinzaine d’années…

Quand Alain Giresse construisait la tanière…

Ce groupe s’est construit autour d’Alain Giresse, intronisé comme sélectionneur en mars 2006. À l’époque, le Gabon ne s’est plus qualifié à une CAN depuis l’an 2000, et n’est même pas dans le top 100 du classement FIFA. Le chantier est immense pour le Français. « Il fallait beaucoup d’organisations, structurer l’équipe nationale, raconte-t-il. Il y a des bons joueurs, comme Daniel Cousin, le grand attaquant du RC Lens, Eric Mouloungui, ou encore le gardien globe-trotter Didier Ovono », gardien passé au Mans pendant quelques années.

Juste avant un gros match de qualifications contre le Cameroun, le président Omar Bongo décède, ce qui fait reporter la rencontre. Je suis convaincu que si on avait joué à la date convenue, on gagnait et on se qualifiait pour le Mondial 2010.

Alain Giresse

Avec peu de binationaux, il fallait donc prospecter dans le championnat local. “J’allais voir des matchs très régulièrement, quatre par week-end”, expose Alain Giresse. Et découvre des jeunes talents comme le regretté Moïse Brou-Apanga, Paul Kessany, ou encore Bruno Ecuele-Manga. D’ailleurs, ce dernier a rejoint le centre de formation des Girondins de Bordeaux, bien aidé par la légende du Haillan. “Il est venu voir un jour et m’a dit ‘Coach, je veux jouer en Europe”. Alors j’ai fait marcher mes contacts”.

Le membre du carré magique, en ces garçons motivés et travailleurs, y voit un gros potentiel. Pas qualifié en 2008, le Gabon entame les qualifications à la CAN 2010 (également qualificative pour la Coupe du Monde, NDLR) dans la peau d’un outsider. Les Panthères arrachent le troisième tour à Libreville face à la Libye dans les dernières minutes. Les hommes d’Alain Giresse démarrent fort le tour suivant, en battant le Maroc chez eux puis le Togo. Vient alors le Cameroun, en crise (pour changer) à ce moment-là. Mais un drame inattendu va bouleverser la dynamique : “Juste avant le match, le président Omar Bongo décède. Donc la rencontre est reportée. Je suis convaincu que si on avait joué à la date convenue, on gagnait et on se qualifiait”. Les Gabonais craquent alors et perdent deux de leurs trois derniers matchs.

Alterner le Gabon et le moins Gabon

Cette campagne a néanmoins vu débuter un jeune Pierre-Emerick Aubameyang, alors avant-centre de Dijon prêté par Milan. « On voyait déjà son potentiel, ses qualités de vitesse. Évidemment, son jeu a beaucoup évolué, ses déplacements, sa connexion avec les autres. Ce que je lui disais souvent, c’est qu’il devait d’abord marquer avec les yeux, avant les pieds », explique Alain Giresse. On peut dire que les conseils ont été appliqués à la lettre.

Ce fameux Gabon-Mali 2012, le souvenir doit être encore présent.

Après une élimination cruelle en Angola (troisième de sa poule, derrière la Zambie à la différence de buts particulière), Alain Giresse n’est pas reconduit. C’est Gernot Rohr qui prendra la suite, et qui verra les Panthères passer les poules à domicile, dans une CAN 2012 co-organisée avec la Guinée équatoriale. La nouvelle génération se verra épaulée par des U23 vainqueurs de la Coupe d’Afrique, où l’on peut retrouver André Poko et Didier Ndong. À la maison, les Panthères ne vont pas décevoir leur peuple. Elles se qualifient pour les quarts de finale, après un match fou contre le Maroc et une victoire à la 97ᵉ minute. Pour chuter au tour suivant contre le Mali, où Aubameyang servira une passé décisive Eric Mouloungui avant de rater le tir au but éliminatoire (1-1, 4-5 TAB).

Un parcours fondateur, puisque le Gabon va se qualifier régulièrement, ne manquant que les éditions de 2013, 2019 et 2023 en quinze ans. Sans oublier une apparition honnête au tournoi des Jeux Olympiques de Londres. Entre-temps, des joueurs comme Lloyd Palun, Denis Bouanga et Mario Lemina viendront enrichir l’effectif. Nombre d’entre eux sont encore présents au Maroc, pour une dernière danse ensemble, portés par un vécu commun qui dure. Pour la plus grande génération de l’histoire du football gabonais, et pour Pierre-Emerick Aubameyang en particulier, c’est maintenant ou jamais.


0 commentaire

Laisser un commentaire

Emplacement de l’avatar

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *