[EDITO] Eric Roy : un Empereur emporté bien trop tôt

Published by Arthur Geillon on

Il y a des nouvelles qui nous surprennent et qui nous mettent des sueurs froides dans le dos, et l’annonce du décès d’Eric Roy en fait partie. Ce 17 juin, il est difficile d’imaginer qu’un personnage emblématique du football français, tant dans les médias que sur une pelouse, nous quitterait si tôt, si brutalement. Alors que personne ne donnait cher de sa peau lors de sa nomination en 2023 par Brest, il est devenu rapidement l’un des meilleurs experts du ballon rond de notre Ligue des Talents. A travers cet article, c’est une rédaction sous le choc qui souhaite rendre hommage à un grand nom du football français.

Fils de Serge Roy (une sélection, décédé en décembre 2025), Éric connaît la même destinée que son père : devenir un joueur de haut niveau dans le championnat de France. Milieu défensif tenace, il débutera sa carrière professionnelle à Nice en 1988 avant d’enchaîner les piges dans des clubs de Division 1. Poulidor dans l’âme, il échouera à remporter le titre de champion de France à deux reprises avec Marseille et Lyon; ainsi que deux finales de coupe perdues dont une en 1999 en Coupe de l’UEFA contre le rugueux Parma (0-3) sous les ordres de Rolland Courbis. Il est également de la partie lors du légendaire 5-4 contre Montpellier.

Suite à cette déconvenue, Roy, qui ne portera jamais le blason bleu, décide de découvrir de nouveaux pays avec l’Angleterre (Sunderland) et l’Espagne (Vallecano) avant de raccrocher les crampons dans son club formateur de la Côte d’Azur en 2004. Souvent reconnu comme une valeur sûre du championnat, il terminera sa carrière orphelin de titres de haut rang.

Une reconversion comme directeur sportif et entraîneur qui mûrira avec les années

Dès sa retraite sportive, Eric Roy grimpe les échelons au sein de l’OGC Nice. En 2009, la direction lui accorde la responsabilité du sportif dans un club qui retrouve des couleurs après la dégringolade de la saison 2006-2007. Il découvrira son premier banc en Côte d’Azur en mars 2010 mais peinera à trouver la recette miracle. Il est remplacé en novembre 2011 par René Marsiglia sur le banc et quittera le club en 2012 saupoudré d’un litige remporté sur son licenciement un an plus tard. Une aventure qu’il racontera au micro de Gym Tonic :


Avec quelques piges comme consultant média pour différentes chaînes de télé (Direct 8, Bein Sport, France TV, etc.), il devient en parallèle le directeur sportif de Lens, alors en Ligue 2, qui connaît un maintien rugueux puis une bataille pour la montée non concluante. Il quitte le club en cours de saison pour rejoindre Watford pour la saison 2019-2020, marquée par la pandémie mondiale, et qui se termine avec une relégation sportive au bout du suspense. Non prolongé, il rejoindra France Télévisions comme commentateur de la Coupe de France.

Simply the Brest

Pour souhaiter la nouvelle année 2023, Grégory Lorenzi annonce un choix très surprenant pour le Stade Brestois. En effet, Eric Roy, qui n’a pas entraîné depuis douze ans, prend les rênes du club. Alors que Brest joue son maintien, il doit composer avec le staff sur place et sans possibilité de signer de personnel propre à lui. Dès le premier jour, le Niçois devra faire avec les critiques. Comment, en Ligue 1, peut-on mettre sur son banc quelqu’un qui n’a pas entraîné la moindre équipe depuis dix ans ? Rares sont ceux qui prédisent autre chose qu’une catastrophe au sein des Ty-zefs.

Au départ missionné jusqu’en fin d’année, il marque les esprits par un jeu tactique axé sur la solidité défensive et un bloc solide dans le jeu, il arrive à utiliser à plein potentiel un effectif de baroudeurs (Franck Honorat, Jérémy le Douaron, Mahdi Camara, etc.). Il expliquera sa vision de la tactique chez So Foot :

Dans un principe de jeu général, pour moi, une chose essentielle, c’est le travail du bloc équipe. Il doit être constant, que tu aies le ballon ou non, avec une réduction des espaces et une profondeur entre ton premier attaquant et ton dernier défenseur qui doit se situer entre 30 et 35 mètres, pas plus. Pourquoi ? Parce que tant que tu as un bloc équipe assez compact, tu as plusieurs joueurs à l’intérieur de ce bloc, donc c’est plus facile de récupérer le ballon quand tu le perds et plus facile d’attaquer quand tu as le ballon.

La déferlante arrivera surtout la saison suivante. Après avoir conservé son ossature des six derniers mois hors Franck Honorat, Eric Roy va dicter un concerto magistral. Un jeu défensif soigné, avec une rotation offensive percutante, les pensionnaires du stade Francis-le-Blé réalisent une saison sensationelle et se qualifie pour la Ligue des Champions. Manière de jouer simple, mais tellement efficace. Un exploit qui va être attribué en partie à son gourou, qui a su trouver la manière efficace d’utiliser ses joueurs. Ce remaniement lui permettra de remporter une distinction historique : le titre d’entraîneur de la saison 2023-2024 en Ligue 1. Au nez et à la barbe de Luis Enrique.

Après avoir goûté aux joies européennes avec des adversaires comme Barcelone et le Real Madrid, Brest sort par la petite porte en seizièmes de finale contre Paris. Après avoir longtemps fait partie du top 8 du classement avec ses succès prématurés, où l’on a tous pu rêver devant Ludovic Ajorque et Kamory Doumbia. Depuis, le SB29 se trouve en pleine transition avec un renouvellement d’effectif en fin de cycle qui ne donne pas l’effet escompté sur le terrain. Même si le club de la capitale française d’export de fruits et légumes termine quatorzième au terme d’une fin de saison délicate, le jeu et l’abnégation furent au rendez-vous à chaque rencontre.

Le football jusqu’au dernier jour

Passionné du terrain et loin d’étaler sa vie privée dans les médias, Eric Roy s’est fondu dans la masse comme un professionnel d’exception ; qui aura toujours su rebondir malgré les échecs. Nous apprenons au moment de sa disparition son cancer du pancréas, contre lequel il luttait depuis trois ans et demi, soit son arrivée en Bretagne. La saison dernière, il paraissait un peu plus fatigué, vieilli, mais on ne pouvait que faire des suppositions. Par respect, les médias étant mis au courant de la nouvelle n’avaient jamais fait fuiter l’information.

Être en capacité de réaliser de telles prouesses en luttant contre la maladie montre à quel point la passion permet de surpasser les épreuves. Dans un club familial, il a su trouver la manière de tirer tout une région vers le haut. Une fierté et un exemple de personne qui se font de plus en plus rare dans le football moderne.

Quand on voit la foule d’hommages affluant depuis quelques heures, une affirmation trotte en tête. Quand un enfant de cette génération pensera à Brest, il pensera rapidement au nom d’Eric Roy. Une personne d’une grande gentilesse, amoureuse du football et qui a lancé une épopée que personne n’aurait imaginé. Dans ce sport de plus en plus élitiste, nous avons toujours tendance à croire que les plus grandes histoires sont réservées aux plus grands clubs, aux grandes métropoles. Mais pas lui. Parti modestement, il offrira la reine des compétitions à un club qui n’avait jamais disputé la moindre Coupe d’Europe.  Le tout dans une région où trône un Stade rennais plus adepte des grandeurs.

Oui, c’est un fait, Eric Roy demeure un personnage emblématique du championnat de France. Celui que personne n’attendait, dont personne ne misait un kopeck mais qui a fini apprécié de tous. Arrivé comme un Roy, reparti comme une légende. Et nul doute que le « Quand je vois son jeu, je suis amoureux. Quand j’entends sa voix, j’suis fan d’Eric Roy » qui résonnait à Francis-le-Blé depuis deux ans, sublimement repris à la guitare par Guillaume Hoarau, résonnera longtemps dans le Finistère…

À sa famille, ses amis, ses joueurs et toute l’équipe du SB29, la rédaction de Douzième Homme présente ses plus sincères condoléances. Nous perdons un visage apprécié en France, et un porte-parole de ce slogan légendaire « Impossible n’est pas Français ! ». Degemer mat, Eric Roy.

Catégories : FranceLigue 1

Arthur Geillon

Co-fondateur de Douzième Homme. Passionné par la Ligue 2, la formation et les samedis soirs à Bonal.

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