Sensation de la Coupe d’Afrique 2021, les Comores reviennent par la grande porte pour leur deuxième apparition. Pourtant, après avoir conquis le cœur des spectateurs après leur jolie épopée, la sélection aurait pu replonger à cause d’énormes problèmes entre les joueurs et leur fédération. Une situation désamorcée par un Italien passé par Toulon et Roanne.

La dernière des Comores contre un pays organisateur n’avait pas été de bon aloi. 24 janvier 2022, sur la pelouse de l’Olembé Stadium, les Cœlacanthes affrontent le Cameroun en huitièmes de finale de Coupe d’Afrique. Après avoir terrassé le Ghana pour se sortir des poules, l’amertume prit le pas sur le folklore. À quelques heures du coup d’envoi, le portier remplaçant Ali Ahamada, bien connu des amateurs de Ligue 1, est interdit de jouer alors qu’il vient d’être testé négatif pour le COVID. La faute à une directive inique, stipulant qu’un joueur ayant été testé positif doit rester cinq jours à l’isolement. Un coup du sort auquel s’ajoute le test positif de Moyadh Ousseni et la blessure de Salim Ben Boina. En plus d’une causerie avant-match réalisée dans leur bus, en plein embouteillage dans les rues de Yaoundé, le petit poucet devra faire avec Chaker Alhadur, ancien de Nantes et Châteauroux d’un mètre 72, dans les cages.


Contre toute attente, la 132ᵉ nation au classement FIFA réalisera un match héroïque. Quand bien même le capitaine emblématique Nadjim Abdou se vit expulser dès la cinquième minute de jeu, les hommes d’Amir Abdou ont combattu avec leurs armes jusqu’au bout. Si Vincent Aboubakar et Karl Toko Ekambi ont posé le break à l’heure de jeu, Youssouf M’Changama sortit un coup-franc dont tout Moroni se souvient encore. Rafidine Abdullah empila les interventions au milieu de terrain, quand Ahmed Mogni et El Faroud Ben peuvent enrager d’être tombés sur un gros André Onana. Le gardien d’un soir nous scotcha, à l’image du ruban adhésif pour dessiner le numéro 3 sur son maillot, enchaînant des doubles parades peu académiques et des relances très sereines. Cette nuit-là, l’étoile d’Anjouan brillait très fort dans le ciel, finissant droit dans le cœur des spectateurs. Aujourd’hui, les Comores arrivent avec un vrai statut d’outsider, se déplaçant dans un pays où ce genre d’anomalies ainsi que des bousculades provoquant la mort de sept personnes ne devrait pas arriver (espérons-le). Le tout avec un effectif rajeuni, mais ayant dû traverser des tempêtes.

Comores dans l’âme

Il y a deux ans de cela, personne n’aurait misé une pièce sur un retour des Comores en Coupe d’Afrique. On aurait pu penser que, après un parcours aussi mémorable pour une première apparition, l’archipel maximiserait ses chances afin de répéter l’exploit. Hélas, la FFC (Fédération de football des Comores) ne l’entend pas de cette oreille. Alors que les ressortissants attendaient un développement du football de jeunes, féminin ou même d’accords avec des sponsors, c’est une véritable régression qui fut constatée. Problèmes d’éclairage à l’entraînement, factures impayées ayant failli mettre les joueurs à la porte d’un hôtel, anciennes gloires à qui on avait promis un poste à la fédé pour qu’elles soient finalement ignorées… Le camouflet ira jusqu’à une visite de Samuel Eto’o, déjà président de la fédération camerounaise, aux Comores, accompagné de Said Ali Said Athouman, président de la FFC. Lors de la rencontre, ce dernier va tenter de se faire bien voir du continent en jetant son équipe sous le bus : « Contre le Ghana, je le dis et l’assume, on a eu des cas positifs de Covid. Mais on a quand même réussi à les faire jouer. » Des propos pouvant décrédibiliser ceux ayant mis son propre pays sur la carte. Même les rappeurs Rohff et Alonzo avaient relayé la beauté du parcours.

Devant les innombrables déceptions, les joueurs décident de frapper fort. Au rassemblement d’octobre 2023, bon nombre d’habitués refusent la convocation pour un match amical contre le Cap-Vert, à Istres. S’ensuit un communiqué pour clarifier les raisons de la colère, accompagné d’une retraite internationale, pour les plus résignés. Les Cœlacanthes ne décolèrent toujours pas de ces conditions peu professionnelles, ayant conduit selon eux aux départs d’Amir Abdou puis Younes Zerdouk. « Quelle plus-value apporte réellement la Fédération à notre équipe nationale ? Quels revenus la fédération a-t-elle générés pour pérenniser la progression de notre sélection et le confort de nos joueurs ? Pourquoi continue-t-elle de fonctionner de la même manière, voire pire, qu’au début des années 2010 ? Ne peut-elle pas évoluer en même temps que notre équipe nationale ? », pouvait-on lire sur cette diatribe.

Une décision qui prend Stefano Cusin, nouveau sélectionneur, au dépourvu. Dans l’urgence, l’ancien gourou du Soudan du Sud doit trouver des ressortissants de la région, aussi bien en équipe de jeunes qu’au niveau semi-professionnel. C’est comme cela que le 17 octobre, le stade Parsemain voit arriver une escouade de jeunes premiers, n’ayant pour la plupart aucune expérience internationale. Et malgré l’ouverture du score concédée à la troisième minute, ce onze expérimental trouvera les ressources d’étouffer les Requins Bleus, égaliser et même gagner le match sur un penalty du nantais Adel Mahamoud (2-1). Comme quoi, il n’y a pas que les Comores qui ont fait du chemin en deux ans.

Quand un Cusin devient le frère du peuple

Face à la retraite de certains cadres comme Fouad Bachirou, il a fallu se creuser les méninges pour trouver d’autres chouchous. D’abord, Stefano Cusin récompense certains légionnaires de ce match amical, comme le portier Adel Anzimati-Aboudou (Ararat Erevan) et Kenan Toibibou (NK Bravo, Slovénie), titulaire en défense centrale. Ensuite, pour rajeunir et renforcer ses listes, le natif de Montréal applique un grand classique des sélections africaines : puiser dans les doubles nationalités. Ainsi, les Cœlacanthes voient leurs rangs désormais garnis par Rayan Lutin (Amiens), Ismaël Boura (Troyes) ou Rémy Vita (Tondela, Portugal). Sans oublier des coups de très haute importance, comme le Gone Myziane Maolida ; le milieu de terrain très complet Zaydou Yousouf (Al-Fateh, Arabie Saoudite) mais surtout celui devenu la star de la sélection : Rafiki Saïd. Vainqueur du trophée Just Fontaine en Ligue 2 la saison dernière, l’ailier faisant désormais le bonheur du Standard a explosé les compteurs dès son arrivée : huit buts en dix-sept capes. Dont un lors de la victoire primordiale en Tunisie, qui leur vaudra d’être invaincu dans leur groupe de qualification contre les Aigles de Carthage, la Gambie et Madagascar. Une campagne de qualifications où leurs matchs à domicile s’effectuaient… au Maroc.

Cependant, cette équipe n’aurait pu réussir un tel exploit sans des vieux briscards capables d’encadrer le groupe. Des joueurs d’expérience, convaincus par les résultats immédiats de la sélection, à l’image de Faïz Selemani ou Youssouf M’Changama, se partageant le brassard de capitaine. Une vieille garde faite de Benjaloud Youssouf et Saïd Bakari en défense, ou de l’emblématique El Fardou Ben, profitant de sa fin de carrière en deuxième division serbe. Un mélange de talents et de dynamisme ayant permis aux Comores de passer un cap supplémentaire, regardant dans les yeux le Mali pour s’adjuger une place directe en Coupe du monde, profitant finalement au Ghana. Un collectif toujours plus proche du peuple à l’image du sélectionneur, Stefano Cusin ayant multiplié les apparitions à Anjouan pour communier dans les rues. Autant dire qu’il ne manque plus qu’un joli parcours en Coupe d’Afrique afin de transformer l’essai.

La liste des Comores pour la CAN 2025.

Programme des matchs des Comores :

21 décembre (20 heures) : Maroc – Comores, Complexe Sportif Moulay Abdellah, Rabat (Bein Sports 2)

26 décembre (18h30) : Zambie – Comores, Stade Mohammed V, Casablanca (Bein Sports 1)

29 décembre (20 heures) : Comores – Mali, Stade Mohammed V, Casablanca (Bein Sports 2)


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