Fort d’une CAN 2024 inattendue, ou presque, l’Afrique du Sud arrive avec un nouveau statut. Celui d’un mort de faim capable de sanctionner tous les favoris qui ne seront pas à 200%. Une époque heureuse, arrivant malgré tout à se heurter à de grosses polémiques sociétales. Et ce, de la pire des manières.
Les Bafana Bafana sont, depuis la dernière Coupe d’Afrique, redevenus une équipe respectée, presque tête d’affiche du continent-mère. Sur les dernières qualifications à la Coupe du Monde, l’Afrique du Sud a affiché un état d’esprit conquérant, se qualifiant sans accroc pour un été sur le sol américain. Sans accroc ou presque, un match contre le Lesotho ayant été perdu sur tapis vert à cause du capitaine Teboho Mokoena, participant au match malgré une accumulation de cartons jaunes. Sur le terrain, les jaunes et verts se basent sur une défense de fer toujours aussi bien protégée en amont par son double pivot. Même contre l’armada des Super Eagles, la sélection ne perd pas avec deux matchs nuls sur le score de 1-1. Il faudra malgré tout se battre jusqu’à la dernière journée, et effacer le Rwanda (3-0) pour dépasser le Bénin, craquant au dernier moment au Nigéria (0-4).
Malgré cela, le grand public ne reconnaît pas l’organisateur du Mondial 2010 parmi les favoris à la victoire finale. Gagnant contre les équipes inférieures sur le papier et bataillant férocement contre les plus grandes nations, les hommes d’Hugo Broos n’ont pas perdu sur le terrain depuis la demi-finale de CAN 2024. Le tout en arrivant avec des ambitions claires : faire mieux. Malgré une continuité permettant de tutoyer les plus grands, des tensions ont éclaté au pays ces derniers jours.
« C’est un garçon noir, mais il va quitter mon bureau comme un garçon blanc »
Au départ, Mbokani est un jeune prospect sud-africain au sein de la formation des Orlando Pirates, un des deux grands clubs de Johannesburg. Effectuant son premier match professionnel en mars 2025, le défenseur central éblouit vite la Premiership en étant homme du match dix jours plus tard. Le prodige d’Orlando étonne, capable de longues relances propres tout en montrant ses qualités de roc défensif. Au fur et à mesure de ses performances, il obtient ses premières sélections en A, montrant la volonté de Broos de renouveler l’effectif. Encore une fois, le jeune premier va se démarquer immédiatement en étant élu homme du match contre le Nigéria (1-1).
Ses performances attirent forcément plusieurs clubs, son agente Basia Michaels ayant annoncé des discussions avec des clubs européens, mais les échanges sont restés au stade préliminaire. En effet, la Premiership « souffre », au même titre que le championnat égyptien, d’être un championnat fort avec des locaux en tant que stars. Les joueurs locaux, bien rémunérés, sont heureux de jouer à la maison et de pouvoir se battre pour un titre en Ligue des Champions africaine. En conséquence, les prix des transferts sont donc plus importants qu’en Afrique de l’Ouest, ce qui a de quoi refroidir le vieux continent. Après une mise trop faible de clubs belges, Mbokazi rejoindra finalement le Chicago Fire, franchise de MLS, pour deux millions d’euros en janvier 2026.

Hugo Broos n’avait pas tort : il est un peu seul sur la photo. (Crédit photo : Chicago Fire – Twitter)
Contrairement aux félicitations attendues, il devient la cible d’intenses critiques. Les supporters des Pirates reprochent ce départ de leur pièce maîtresse au milieu de la saison, mais la critique viendra aussi de son propre sélectionneur. Hugo Broos, connu pour ses avis très (trop ?) radicaux en conférence de presse, va attaquer son agente de manière virulente : « Je sais ce qui est arrivé, une femme qui est son agent et qui croit connaitre le football fait ce que beaucoup d’agents font, c’est-à-dire combien je peux en obtenir. Si elle est un tout petit peu plus intelligente, elle sait qu’il y a la CAN et que l’année prochaine il y a la Coupe du Monde. Il y aura d’autres équipes, meilleure pour sa carrière et ça ne sera pas Chicago. Qu’est-ce qu’il va faire seul dans une grande ville comme celle-ci ? Donc non, je ne pense pas que cela soit un bon choix. »
Des propos déjà polémiques, qui vont prendre un autre tournant suite au retard de Mbokazi à la convocation pour la Coupe d’Afrique. Le sorcier belge nous gratifiera d’une sortie encore plus controversée : « C’est un nouvel exemple du comportement peu professionnel de nombreux footballeurs sud-africains. (..) C’est un garçon noir, mais il va quitter mon bureau comme un garçon blanc ». Peu inspiré, surtout dans un pays toujours déchiré par les questions raciales. Le voilà directement attaqué par l’UDM (Mouvement démocratique uni, NDLR) qui dépose une plainte à la Commission sud-africaine des droits de l’homme pour racisme et sexisme. Yongama Zigebe, secrétaire général de l’UDM, déclare que « ces propos ne peuvent pas être considérés comme de simples remarques à la légère. (…) Le racisme et les attitudes suprémacistes blanches n’ont pas leur place dans notre société. Hugo doit répondre de ses paroles ». Le chef des Bafana Bafana s’est malgré tout excusé publiquement, permettant d’apaiser un peu les tensions.

Retirez-lui ce micro. (Crédit photo : Bafana Bafana – Twitter)
Malgré cette sortie de route, Broos se retrouve immédiatement soutenu par la fédération (SAFA), signalant que son approche directe des problèmes liées à l’équipe nationale a permis de progresser. L’évolution de cette polémique sera à suivre pendant la CAN, surtout en cas de mauvais parcours. Tout autant que les problèmes judiciaires du très controversé Danny Jordaan à la tête de la SAFA. Le président de la fédération, déjà épinglé par la FIFA en 2015 pour un pot-de-vin de dix millions de dollars, est actuellement poursuivi pour usage de fonds publics.
Une liste entre jeunesse et multiplicité des championnats
Si Hugo Broos a été très virulent envers son protégé, c’est aussi car le champion d’Afrique 2017 sait que le footballeur sud-africain recommence à s’exporter. Une opportunité qu’il ne faut pas prendre à la légère, d’où une ambition assumée pour ses joueurs : l’Europe ou rien. Pour accompagner ce changement, Hugo Broos étend ses horizons et ne va pas se limiter au championnat local. Au revoir aux leaders offensifs Percy Tau, exilé au Vietnam, ainsi que Themba Zwane, blessé régulièrement. Bonjour à la jeune garde avec huit appelés ayant 21 ans ou moins. De plus, la sélection de 2024 était basée sur les joueurs locaux avec seulement trois joueurs exerçant à l’étranger mais surtout dans un club en particulier, les Mamelodi Sundowns. Celui qui était à ce moment-là locomotive du football africain de clubs apportait dix joueurs, dont Ronwen Williams et Khuliso Mudau.

La liste de l’Afrique du Sud. (Crédit photo : Bafana Bafana – Twitter)
Cette année, Broos n’hésite pas à se servir chez les espoirs. Jusqu’à prendre des joueurs n’ayant aucune sélection avec les Bafana Bafana. Symboles de ce renouveau, Shandre Campbell (Club Brugge) et Tylon Smith (QPR) détonnent avec leurs parcours. Campbell, lui, se fait remarquer en Belgique avec des frappes de loin toutes plus impressionnantes que la précédente. Ayant fait ses armes dans la réserve du Club NXT, l’ailier gauche a depuis joué ses premières minutes en Ligue des champions. En sortie de banc, il pourrait très bien apporter une folie pouvant manquer en attaque. Son collègue Tylon Smith a quant à lui fait ses preuves sur le sol africain avec une Coupe d’Afrique U20 remarquable, élu joueur de la compétition. Il demeure un défenseur central fin dans ses décisions, capable de relances longues comme Mbokazi mais aussi adroit pour casser des lignes au sol. Son jeu de tête reste sa force principale, ce qui s’est vu avec les U20 en mai dernier, buteur en demi-finale contre le Nigéria. Loin derrière Mbokazi et Nkosinathi Sibisi (Orlando Pirates) dans la hiérarchie, on risque surtout de le voir sur le banc de touche.
Beaucoup de valeurs sûres sur le terrain
Sur le onze qui devrait être aligné d’entrée, on retrouve peu d’incertitudes. Ronwen Williams, héros de la dernière CAN, sera aligné avec sa défense habituelle. Sibisi vient apporter toute son expérience à la jeunesse de Mbokazi, soutenu également par l’éternel Mudau. L’une des deux surprises du côté des titulaires se trouve en latéral gauche. Samukelo Kabini pousse depuis Molde pour prendre la place de l’expérimenté Aubrey Modiba, cadre des Mamelodi Sundowns. Kabini ayant une grande capacité de projection, il n’hésitera pas à dédoubler en cas de retard au score.

Le XI probable de l’Afrique du Sud.
Au milieu de terrain, le double pivot solide de la dernière CAN est peut-être à son apogée. Teboho Mokoena, le capitaine, devra être dans le prolongement de sa magnifique compétition, appuyée par un coup-franc pour éliminer le Maroc. “Yaya” Sithole joue désormais dans l’élite portugaise avec Tondela et arrive en joueur confirmé. Devant, Sipho Muble (Orlando Pirates) s’est imposé en remplaçant d’un Zwane épuisé physiquement. Mohau Nkota (Al-Ettifaq) pourrait être un trouble-fête, sa jeunesse et sa tonicité faisant de lui une pièce importante pour déployer des contre-attaques.
De l’autre côté, Oswin Appolis est régulièrement décisif à Johannesburg, remplaçant à merveille Percy Tau. Lyle Foster, chien de garde en pointe de Burnley, est le joueur le plus attendu de la nation arc-en-ciel. Durant la dernière édition, l’ex-Monégasque avait déclaré forfait pour des questions de santé mentale. Aujourd’hui, sa place en Premier League fait de lui l’attaquant principal, sans réelle compétition. En sortie de banc, d’autres cartes sont à jouer comme pour l’attaquant des Pirates Evidence Makgopa, malheureusement toujours aussi irrégulier. Ou encore son coéquipier Tshepang Moremi, capable de jouer partout en attaque. Relebohile Mokofeng sur les ailes ou Thalente Mbatha, eux aussi cadres des Pirates, partent de plus loin mais rien n’est à exclure. À l’image d’une sélection qui ne semble plus vraiment avoir de limites.
Programme des matchs de l’Afrique du Sud :
22 décembre (18 heures) : Afrique du Sud – Angola, Grand Stade de Marrakech (Bein Sports 1)
26 décembre (16 heures) : Égypte – Afrique du Sud, Stade Adrar, Agadir (Bein Sports 1)
29 décembre (17 heures) : Zimbabwe – Afrique du Sud, Grand Stade de Marrakech (Bein Sports 2)
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