C’est le cœur battant de l’hiver anglais, une messe païenne célébrée des pubs de Londres aux travées de Liverpool. Chaque lendemain de Noël, le public britannique passait sa journée entière à communier devant la Premier League. Pourtant, cette année, le Boxing Day aura eu un goût amer, victime de l’expansionnisme calendaire de l’UEFA et des droits télévisés.

La bière a une saveur fade dans les pubs anglais, celle d’un lendemain de Noël qui n’offre pas les cadeaux espérés. Les restes de Noël n’ont pas été engloutis devant un Burnley – Everton ou un Liverpool – Wolves, mais devant un écran noir qui remplace la tradition de l’après-midi. Une brume mélancolique s’empare du Royaume et d’une tradition qui perdure depuis 1860, ne laissant plus que de la nostalgie aux plus nécessiteux, tandis que la FA cède aux puissants.

Car le mal est fait. Là où la ferveur populaire attendait un festin, le menu est famélique. Une seule rencontre programmée, Manchester United contre Newcastle, isolée en soirée à 20h30 (1-0). Contre huit l’an dernier, avec un Matheus Cunha qui torturait ses futurs coéquipiers des Red Devils alors qu’il était encore à Wolverhampton. Un planning qui a provoqué l’ire de la Football Supporters’ Association (FSA), n’ayant pas mâché ses mots face à cette nouvelle grille :

« Les supporters qui vont au stade en ont tout simplement ras-le-bol des horaires de coup d’envoi antisociaux : mettre des matchs à 20h le jour du Boxing Day et du Nouvel An prouve que la télévision est priorisée par-dessus tout. La balance doit être rééquilibrée. »

Jouer des poings avec les institutions

Pour comprendre ce silence et cette mesure pesant sur les millions de téléspectateurs, il faut mesurer le vertige de la mutation. Le Boxing Day n’est plus ce rituel artisanal d’antan, où l’on jouait devant un public chauffé à bloc, quel que soit le froid ou la fatigue. Soixante ans plus tard, le romantisme des pionniers s’est mué en froideur logistique et financière. L’image d’Épinal s’est fracassée sur le mur du principe de précaution. Ce silence dans les stades porte un nom froid, presque administratif : la « règle des 60 heures ». Elle interdit désormais de disputer plus d’un match en deux jours et demi. Une équation impossible, puisqu’il fallait jouer le 26 puis le dimanche 28 pour satisfaire les diffuseurs qui exigent leurs affiches le week-end.

Une décision qui relève de la « discipline collective » imposée par la médecine du sport pour protéger les ischio-jambiers des actifs financiers que sont les joueurs. Mais si cette logique protège les corps, elle a fini par aseptiser l’âme. L’enjeu est là : prouver que la structure l’emporte désormais sur la tradition. Tout cela est inscrit dans la logique de l’argent et celle des droits télévisés : l’impératif de jouer le week-end et non en semaine. Une mesure dont on peut aussi douter de l’efficacité, quand on sait qu’Arsenal aura dix matchs à jouer dans les trente jours suivant le Boxing Day. Avec entre autres, des chocs contre Liverpool et Manchester United, la FA Cup, un North London Derby en demi-finale d’EFL Cup et la fin de phase de poules de la Ligue des champions.

Le Boxing Day est devenu une variable d’ajustement face à l’ogre continental. La Premier League a d’ailleurs dû passer aux aveux, reconnaissant dans un communiqué que « l’expansion des compétitions de l’UEFA a laissé moins de week-ends disponibles », forçant le championnat à se contorsionner. Pour les diffuseurs, c’est sûrement cette réflexion qui a primé ; le multiplex traditionnel du 26 décembre est une hérésie comptable : pourquoi diluer l’audience sur cinq matchs simultanés quand on peut étaler les rencontres sur le week-end et multiplier les pages de publicité ?

Hasard du calendrier ?

Reste une interrogation majeure : ce 26 décembre 2025 marque-t-il la fin d’une époque ou une simple éclipse temporaire ? Face au mécontentement général, les instances se veulent rassurantes. Pour la Premier League, ce calendrier squelettique ne serait pas une volonté politique d’enterrer la tradition, mais le résultat d’un alignement défavorable des planètes sportives et logistiques. D’ailleurs, la Ligue a déjà les yeux tournés vers l’avenir, promettant un retour à la normale dès l’an prochain. Dans une déclaration pragmatique visant à tempérer les critiques, l’instance a tenu à souligner une réalité mathématique simple : « La saison prochaine, il y aura davantage de matchs le lendemain de Noël, puisque cette date tombe un samedi. »

Rassurant. Cette projection confirme une nouvelle donne : le Boxing Day n’a pas disparu, mais il est désormais tributaire des aléas du calendrier grégorien. 2026 et 2027 ne poseront plus problème, mais quid de 2028 ? La tradition ne s’impose plus d’elle-même : elle dépend de la configuration de la semaine. La ferveur populaire n’est plus la priorité.

New Year, same Kieffer Moore. (Crédit photo : Wrexham AFC – Twitter)

Cette année, il aura donc fallu se consoler avec le « Super Saturday » du 27 décembre dernier. Mais peut-être que l’erreur était de ne regarder que ce qui se faisait au sommet. Pour retrouver l’ivresse du Boxing Day, il fallait plonger dans les divisions inférieures, portées par des affiches d’anthologie comme ce Wrexham – Sheffield United incandescent (5-3) et douze affiches au compteur de la Championship. Sans oublier Lincoln City, vainqueur de Stockport County (2-1) pour parachever sa lutte vers une montée historique au deuxième échelon. Il ne nous reste qu’à savourer ce spectacle de l’ombre et reprendre le pouvoir, tout en ayant une pensée pour les habitués de l’élite, grands oubliés d’une fête qui s’est, pour une fois, déroulée sans eux.


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