Buendía, buenas tardes, buenas noches

Published by Mathieu Plasse (FDM) on

Homme du match de la finale d’Europa League (remportée par Aston Villa, 3-0 contre Freiburg), Emiliano Buendía conclue son exercice de la plus belle manière qui soit. Une année que personne n’aurait vu venir du côté de Birmingham, lui qui était mis au placard d’Unai Emery il n’y pas si longtemps.

Une frappe exceptionnelle dans la lucarne de Noah Atubolu. Pour ceux qui ne connaissaient pas le personnage, c’est ce genre de fantaisies qu’Emiliano Buendía nous offre depuis cinq ans dans le paysage anglais. Un atout de plus à sa palette, surtout remplie de passes millimétrées pour servir ses coéquipiers, leur aider à prendre leur envol. Pour cause, « Caramel de Buendía, but de Teemu Pukki » était un refrain que l’on avait tendance à entendre dans Carrow Road. Enfin, pas lors de la crise du coronavirus laissant les stades sans le moindre spectateur, lieu et heure de ses performances les plus dominantes. Dans une époque où l’on pensait que Norwich pouvait perdurer en Premier League aux côtés de Todd Cantwell et Max Aarons, les Canaries roulaient sur le Championship grâce à ce duo d’enfer. Un Finlandais malin et calvitié pour finir devant les cages, servi par un Argentin frêle mais tellement à l’aise avec la balle. Une combinaison qui eut du succès, notamment pour le gars de Mar del Plata (non loin de Buenos Aires), balançant douze caviars lors de la saison 2018-2019 avant de présenter une saison en double-double (15 buts, 16 passes décisives) deux ans plus tard. Entre-deux, une hype qui n’aura duré que deux mois, l’équipe de Daniel Farke prend du plomb dans l’aile, pointant lanterne rouge de Premier League.

Ses qualités de dribbleur, de passeur ou de canonnier ne datent pas d’hier. Elles se voyaient déjà en Castille où le meneur d’un mètre 72 se révèle au Cultural Leonesa, modeste club de Liga 2. Pourtant, cela a échappé à beaucoup de monde. À commencer par le centre de formation du Real Madrid ou le staff du Getafe, en grosse difficulté structurelle en ce temps-là et qui préparait doucement sa mutation vers le jeu besogneux de Bordalas. Il n’y aura que Mariela Nisotaki, rare femme à s’être fait un nom dans le scouting (Norwich puis Southampton de nos jours) pour croire en son talent. « Ce n’était pas le joueur avec les stats les plus significatives, mais quand on regarde la data et la qualité de ses coéquipiers avec le nombre d’occasions qu’il créait, on se doutait que c’était une question de contexte », contait la papesse grecque. Difficile de lui donner tort, quand on sait que sur le compte Insta du petit génie, on y voyait une vidéo de son coéquipier Yelko Pino dire en pleine décontraction « putain, le Cultural Leonesa c’est de la merde ! ». Prêt rompu pour l’un et suspension pour le caméraman.

La vida es una tómbola

Quand Norwich se préparait pour un autre exercice galère dans l’élite anglaise, le milieu offensif prend la poudre d’escampette. Arsenal hésite entre lui et Martin Ødegaard pour son projet, Valence en voudrait faire sa star. Mais un club a énormément de sous à dépenser à l’été 2021. Après le départ de Jack Grealish pour Manchester City, Aston Villa a un budget mercato multiplié par deux. Un remplaçant tout trouvé pour les Villains, dépensant 38 millions dans un mercato où il sera rejoint par Danny Ings et Leon Bailey. Problème, rencontré trop souvent en Premier League : l’argent c’est bien, les idées c’est mieux. Et le club en bordeaux et ciel navigue à vue, d’abord sous l’égide du débonnaire Dean Smith puis Steven Gerrard. Stevie G fait des débuts prometteurs, gardant Buendía en concurrence avec Philippe Coutinho, puis l’icône de Liverpool perd le fil. D’abord par une trop grande mise en avant de son ex-coéquipier aux dépends de toute logique (envoyant même bouler des journalistes avec son calme légendaire). Mais aussi avec un début de saison 2022-2023 bouclé par deux points en douze matchs. De quoi se ranger dans la (très) longue liste des entraîneurs qu’on veut seulement voir sur un terrain.

Unai arrive en novembre, installant enfin un peu de cohérence dans Birmingham. Les deux sont même faits pour s’entendre, étant donné le profil généreux et très racé du joueur. Mais à l’été 2023, le lutin sud-américain se fait les croisés. Le pire moment possible, car dans un pays où personne ne se moque de lui pour son accent, le technicien basque accélère la métamorphose de Villa. Ollie Watkins, Bouba Kamara et Youri Tielemans passent un cap et font de cette équipe un nouveau chef d’œuvre du roi de l’Europa League. Sans lui. En plus d’être meurtri à son retour, voilà que sa place a été dérobée par un gamin insouciant du nom de Morgan Rogers. En bout de banc, le numéro 10 se voit lourdé au Bayer Leverkusen. De quoi retrouver le fil avec un joli mois d’avril où il offrira de jolies victoires contre Heidenheim et Augsburg pour assurer une place en Ligue des champions. Malgré des petites sensations, cela semble trop court pour une escouade visant chaque année le sommet européen. Pourtant, la manne financière de Villa s’épuise. Lors de l’intersaison 2025, Nassef Sawiris dépose « seulement » trente millions d’euros sur Evann Guessand en provenance de Nice.

Y a de quoi se prendre la tête dans les mains, en effet. (Crédit photo : Bayer Leverkusen)

La porte est ouverte. Buendía s’entraîne comme un fou à l’intersaison, plantant des pions contre la Roma et Villarreal, dans un « Villa-ico » qui avait plus d’enjeu qu’on pouvait le penser. Indésirable deux mois auparavant, Unai se voit obligé de le garder. D’abord sur le banc, où il va plutôt servir de chaperon à un énième flop de Jadon Sancho en Angleterre. Mais la donne change quand il rentre sur le terrain, ce dernier offrant des victoires contre Fulham, le Feyenoord et Tottenham en un mois. La machine est lancée. Dans un collectif bien plus proche de son niveau de base, le créateur répond enfin aux attentes, définitivement vu comme le joueur « frissons » qu’il peut être. Un mouvement qu’il perpétuera dans une belle campagne de C3, avec des baffes infligées à Bologne, Nottingham Forest ou une carte de visite sur la pelouse du stade de Besiktas. En attendant de pouvoir disputer de vrais matchs de Ligue des champions à bientôt trente ans, il n’y a plus qu’un seul homme à convaincre de son talent : Lionel Scaloni. Mais qu’on soit honnêtes, le sélectionneur de l’Albiceleste ne le prendra probablement jamais de par son manque d’expérience (deux capes en 2021, NDLR) ou son enfance passée en Espagne. Tant pis, ça reste rafraîchissant de voir des ailiers argentins faire parler d’eux seulement pour leurs performances sur le terrain.


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