Deux mois après les faits, la CAF s’est enfin positionné sur un dossier brûlant. Suite à une finale de Coupe d’Afrique chaotique en plein coeur de Rabat le 18 janvier dernier, le Sénégal a été considéré perdant sur tapis vert, laissant le titre au Maroc. Une décision loin d’être infâmante par rapport aux faits, mais portant un coup supplémentaire à la crédibilité du football africain.

La soirée était on ne peut plus tranquille. On peut même dire qu’elle était déjà terminée, l’exploit du Sporting laissant place à trois affiches de Ligue des champions des plus banales. Rien qui n’allait défrayer la chronique, en somme. Soudain, au moment où Senny Mayulu inscrivait le huitième but du Paris Saint-Germain se produit une déflagration. Un communiqué de la CAF, statuant que son jury d’appel déclare l’équipe du Sénégal forfait lors de la finale de la Coupe d’Afrique, offrant le trophée au Maroc sur tapis vert. D’un coup d’un seul. Sans parade dans la place Jamaa Alfna ni de klaxons dans l’ensemble des villes comportant une diaspora marocaine. Quelques lignes, et basta. Pour la deuxième édition consécutive, la CAN est donc remportée par son pays hôte avec une grande part d’irrationnel, deux ans après l’épopée de la Côte d’Ivoire.

Si l’on doit revoir ce match et les évènements s’étant déroulés au stade Prince Moulay Abdellah, cette décision tombe sous le sens. En sortant du terrain comme ils l’ont fait après le penalty sifflé par monsieur Jean-Jacques Ndala, l’équipe du Sénégal et Pape Thiaw ont ouvert la porte à la contestation du moindre fait sportif. Un fait de jeu tel qu’une mobilisation puisse rendre inopérante toute autorité de l’arbitre ou quelconque officiel sur un terrain de football. Au point d’en faire des émules, comme ce match de Süper Lig turque, où Selçuk Inan (entraîneur du promu Kocaelispor) poussa tout son banc vers le vestiaire suite à un penalty sifflé en faveur de Konyaspor à la 93e minute. Surtout que ce signe de protestation des Sénégalais, qui aurait pu être un véritable acte révolutionnaire, s’est mué en caprice au moment où les Lions de la Téranga sont revenus sur le terrain et ont fini par remporter la finale sur un missile de Pape Gueye. Un geste peu glorieux qui méritait certainement d’être sanctionné, comme le démontrent les fameux articles 82 et 84 du règlement.

Victoire à la 90+81997e minute

Pourtant, cette démarche cavalière se trouve conspuée par l’opinion publique, et à juste titre. Pourquoi donc ? Deux facteurs à prendre en compte. D’abord, une question d’équité et de réalité du terrain. Avec ce genre de décisions radicales, la CAF détermine qu’un résultat sportif peut être renversé si les aléas de la rencontre sont trop importants pour être ignorés. Ce qui amène à se poser la question de la limite pour poser de tels recours. L’Angleterre peut-elle se plaindre quarante ans après la main de Maradona ? L’Algérie peut-elle nullifier le match de la honte entre la RFA et l’Autriche ? L’Italie peut se voir décerner la Coupe du monde 2002 d’office ? Et cætera, et cætera… La réalité du terrain fait aussi qu’un trophée se remporte au coup de sifflet final, pas dans des bureaux. Donner raison au Maroc, c’est courir le risque de répéter ces scénarios tous les quatre matins.

Il y aussi un gros problème de timing avec la décision arrivée au beau milieu de la nuit. Près de deux mois pour décider de si le Sénégal commet une faute lors de cette soirée. Le monde allait se tourner vers une trêve internationale chargée de barrages pour le Mondial. Une éternité dans le monde du ballon rond. Une date péremptoire risible, à l’heure où toutes les actions perpétrées des vestiaires aux gradins étaient captées par des caméras. Recouper les sources ne devait pas être une tâche ardue. Lire deux pauvres articles du règlement intérieur non plus. Mais aux sommets de la Confédération Africaine, on prend son temps et on étouffe le scandale. Quitte à faire une annonce quand tout le monde commence à oublier, pour contenter tout le monde. Grand classique. Quels effets peut-on sérieusement attendre de ce crime de lèse-majesté ? Considérer que le Maroc est le vrai champion d’Afrique ? On ne retiendra que la parade dans les rues de Dakar et l’interview qui aura posé bien des problèmes à Vanessa Le Moigne. Tout le monde va oublier la panenka foireuse de Brahim Diaz ? Internet existe. Trouver que la confédération africaine peut taper du poing sur la table ? Un simulacre d’autorité, arrivé bien trop tard. Quant au fameux prestige du football continental, on peut dire qu’il vient de subir son dernier coup dans le cercueil.

Et à la fin, c’est l’Afrique qui perd…

L’objectif de cette Coupe d’Afrique 2026 était de faire valoir la puissance émergente du continent africain. Aussi bien de par la qualité de son football que par son organisation. En gros, montrer aux pays du Nord que le continent sait organiser des évènements dignes de ce nom. Le Maroc a mis les petits plats dans les grands avec des stades ultramodernes des infrastructures aux brins d’herbe, dans le sens du progrès de leurs grandes villes. Si l’on fait les comptes au terme de la compétition, al-Maghrib n’aura pas grand-chose à se reprocher. Peu de matchs ont été vraiment marquants, du fait que les pelouses étaient meilleures et que les grosses équipes pouvaient dérouler le football mais cela fait partie du sport. On aurait pu se contenter d’une compétition fade à la manière du Mondial 90 en Italie, fait dans un écrin de diamants. L’essentiel résidait dans la possibilité d’organiser un mois de festivités sans le moindre scandale. Échec cuisant.

Satanas et Diabolo.

Récipendiaire d’un titre par télétravail, le Maroc se trouve bien embarrassé, acceptant à demi-mot cet honneur : « La FRMF tient à rappeler que sa démarche n’a jamais eu pour objet de contester la performance sportive des équipes, mais uniquement de demander l’application du règlement. » Pas de gagnant cette affaire, seulement des perdants. Le premier sur la liste étant la Confédération Africaine de football elle-même. Présidée par le Sud-africain Patrice Motsepe et une bande de sbires à la solde de Gianni Infantino, l’institution enchaîne les décisions ne rendant pas service au continent-mère. Un peu comme un suzerain ordonnant à ses vassaux, pour paraphraser Claude Le Roy. En début d’année, il y avait le passage de la CAN organisée tous les quatre ans, de quoi ralentir les progrès fulgurants de nombreuses nations. Sans oublier la suppression du Championnat d’Afrique des Nations, compétition offrant la part belle aux locaux à l’image d’Ayoub El Kaabi, qui n’aurait jamais quitté son métier de charpentier sans cela.

La sommation de trop semble être ce communiqué, qui ne tranchera pas du côté de la vérité. Bien trop facile de prendre une décision aussi lourde, quand les officiels présents n’ont pas pris leur responsabilité au moment du coup de feu. Lorsque la pression était telle sur le pays hôte, supposant que le Maroc serait avantagé par les arbitres (pour pas grand-chose, hormis un penalty sifflable contre la Tanzanie), rien n’a été fait. Lorsque le but d’Ismaïla Sarr à la 92ᵉ minute a été refusé pour un contact risible, rien n’a été fait. Lorsque les joueurs sénégalais ont protesté ce fameux penalty, rien n’a été fait. Les arbitres, les administrateurs, les institutions ont brillé de par leur silence tout au long de ces moments de vérité, pour ensuite faire la morale au monde entier. D’une incompétence crasse. En attendant que le Tribunal Arbitral du Sport (TAS), saisi par la fédération sénégalaise, vienne remettre de l’ordre, le mal est fait. Cette Coupe d’Afrique devait plonger le continent dans le monde de 2026, pour enfin être pris au sérieux lorsqu’il s’agit de mettre en valeur ses terres et son savoir-faire. Elle a fini par la renvoyer de trente ans en arrière. Et à cela, aucune serviette ne pourra laver cet affront.


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