Le 5 février dernier, le club maldivien des Green Streets ne s’est pas présenté pour la dernière journée de championnat. Flirtant avec la zone rouge, cette décision leur permet pourtant d’éviter la relégation directe. Absence volontaire ou non, peur de flancher, manque d’éthique, toutes ces questions restent pour l’heure en suspens. Retour sur l’affaire qui plombe le football en Asie du Sud-Est.
Le Club Valencia du français Stéphane Blanc – fraîchement arrivé à la mi-décembre – peut se sentir lésé dans cette histoire de tricherie dont le club adverse de Green Streets est accusé. Aux Maldives, un seul terrain est utilisé pour la Dhivehi Premier League, première division locale. La dernière journée ne peut donc pas se jouer au même moment, comme il est d’usage sur le reste du globe. L’attaquant français témoigne : « Le lendemain de notre victoire, Green Streets joue contre New Radiant qui était troisième, et ne doit pas perdre par plus de quatre buts pour jouer les play-downs. On décide d’aller au match avec quelques coéquipiers et là, personne ne se présente de leur côté. »
Un forfait prémédité, afin de ne perdre que 2-0 – règle elle aussi différente aux Maldives -, sans sanction de points et par conséquent rester à flots sans jouer le match.
Des selles liquides qui scellent l’avenir d’un club
Dans la foulée, le Club Valencia, troisième club le plus titré du pays avec sept championnats, fait appel de la décision. Auprès de la Fédération des Maldives, ainsi qu’à la Confédération asiatique de football (AFC), pour match truqué. Déjà dans la tourmente ces dernières années pour cause de dettes impayées, détournement de fonds et un championnat à l’arrêt pendant deux ans, la fédération est de nouveau sollicitée. Décrite comme “la pire au monde” en 2024 par un officiel de la FIFA, elle tentait de se racheter après un changement de direction et un retour au jeu. L’affaire ne fait qu’aggraver l’image de ce pays, paradisiaque seulement en apparence. Deux jours après le match, Green Streets s’exprime enfin via un communiqué, indiquant qu’une épidémie de diarrhée a frappé l’équipe, les empêchant de disputer la rencontre.

Le communiqué des Green Streets.
Le club insiste aussi sur son intégrité, et refuse toute accusation de tricherie ou de forfait volontaire. Pour l’heure, le Club Valencia se retrouve relégué en deuxième division. De quoi plomber cette formation avec peu de moyens, mais mettant aussi en suspens l’avenir des joueurs étrangers au nombre de quatre, à l’image de Stéphane. « En cas de descente avérée, on ne resterait pas, la deuxième division n’est pas professionnelle. En attendant, on ne sait pas quoi faire. Si on accepte une offre mais que nous devons jouer les play-downs, on abandonne l’équipe. Si on ne l’accepte pas et que nous sommes finalement relégués, on aura perdu des mois. » Une incertitude qui ne réjouit pas Stéphane Blanc, lassé par ces péripéties. « Mon père me disait, partout où tu passes tu as des galères toi ! Et je ne peux pas lui donner tort…», ironise-t-il.
Une coulante pour des pratiques peu courantes
Moins de 72 heures après le forfait, débutait la President Cup aux Maldives, une coupe de la Ligue regroupant les huit premiers du championnat. Là encore, pour éviter le statu quo, ce sont les Green Streets qui affrontent le Club Eagles. Sauf que cette fois-ci, le club aligne 20 joueurs sur la feuille de match. Un coup bas de plus pour le Club Valencia. Mais avec retombées puisque les Eagles s’imposent 6-0, un score lourd qui a le don d’agacer : « Ils en prennent six, c’est rageant. On avait la place pour passer devant eux. Ils avaient peur de flancher donc ils ont inventé cette excuse. »
Si l’on accepte une offre d’un autre club mais que nous devons jouer les play-downs, on abandonne l’équipe. Si on ne l’accepte pas et que nous sommes finalement relégués, on aura perdu des mois de travail.
Stéphane Blanc
Sous pression de par ses antécédents avec la FIFA, la fédération maldivienne a amendé Green Streets de 50.000 Rufiyaa (2.700 euros). Tout en rajoutant une interdiction de transfert pourtant absente des règles en cas de forfait, ce qui interroge encore. « S’ils ont vraiment déclaré forfait pour les raisons évoquées, pourquoi la fédération ajoute-t-elle un transfer ban ? », conclut le Français. Des suites du communiqué de la FAM, le Club Valencia a accusé la fédération de favoritisme, estimant qu’elle ne veuille pas bousculer le championnat et souhaite étouffer l’affaire. Il ne faudrait pas remettre trop longtemps l’institution dans l’embarras, après deux années sans compétition. Le combat en justice ne fait que commencer pour les deux clubs, et la reprise des play-down post Ramadan risque de raviver cette affaire encore loin d’être résolue.
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