Vainqueur de la Tunisie au terme d’un match d’une triste qualité, le Mali accède aux quarts de finale de la Coupe d’Afrique sans gloire. Alors qu’ils affrontent le Sénégal, les Aigles de Bamako arrivent avec une réputation d’équipe au jeu haché et très physique. Loin de ce que l’on pouvait attendre, une question se pose les concernant : cela est-il si important ?
Onze heures du soir sur la pelouse du Mohammed V. Avec un tir au but décisif, El Bilal Touré délivre les siens, mais aussi un public lessivé d’un spectacle pour le moins désolant. Malgré une supériorité numérique ayant duré cent minutes, la Tunisie n’a pas été capable de faire trembler son adversaire. Seul un centre d’Elias Saad et des incursives d’Hannibal Mejbri (remplacé on ne sait pourquoi) ont permis d’animer la rencontre. Dans ce duel d’équipes qui auraient toutes deux mérité leur élimination, c’est le Mali qui fera face au Sénégal, favori de la compétition. De quoi faire un jour de mariage le lendemain. Habitué désormais à des performances régulières (4ᵉ quart de finale sur les huit dernières éditions), les critiques fusent envers cette équipe. Peu esthétique, très dure sur chaque duel mais surtout apte à fermer le jeu.
Il faut absolument que cet arbitre intervienne pour mettre fin à cette purge entre le Mali et la Tunisie.
C’est lui qui avait la vision ! pic.twitter.com/zmKsB4aMe5
— Kenpachi 🇲🇦 (@Kenpachi1070) January 3, 2026
Une constante ayant fait son apparition contre le pays organisateur. Après que le Maroc ait brillé face aux Comores, Tom Saintfiet change de fusil d’épaule. Exit l’attaque à quatre qui tâtonne depuis un an, place à un 4-5-1 très compact. Des gars comme Lassana Coulibaly (Lecce) et Mahamadou Doumbia (Al-Ittihad) pourraient se faire écorcher vifs sur un terrain, tandis que Lassine Sinayoko aura toutes les responsabilités offensives. Malgré les grosses différences individuelles d’Ounahi et Brahim Diaz, les Aigles du Mali vont se comporter en rapaces. Un penalty arraché par l’Auxerrois, et une fin de match faite de transitions offensives qui auraient pu tourner en leur faveur. Contre la Tunisie, les entrées de Gaoussou Diakité et Dorgeles Nene offriront une menace offensive aux Aigles.
Le Mali, ces cambrioleurs en herbe
Ce qui paraissait être un bus au premier abord se mue en une vision plus cérébrale. Dans un continent produisant les joueurs les plus explosifs de la planète, le technicien belge considère ces affrontements comme un match de boxe. Soit un moment où rentrer sur l’arène et frapper ne suffit pas. Il faut aussi cultiver les failles de son adversaire, gérer les moments de tempête, et surtout déceler l’accalmie. On entrevoit alors une certaine dimension tactique insoupçonnée, et semblant manquer cruellement dans le football local. Une dimension que l’on pouvait déjà retrouver dans sa Gambie. Quart de finalistes à la Coupe d’Afrique 2021, les Scorpions étaient devenus un véritable outsider, le temps de quelques semaines. Le tout avec des armes comme leur tranchant en contre-attaque, ou la hargne défensive d’Omar Colley et Pa Modou Jagne.
Voir une telle mentalité dans cette équipe du Mali veut dire une chose : Tom Saintfiet leur a insufflé sa mentalité. Une approche besogneuse, intense et surtout sans quelconque pitié ou intérêt pour l’esthétique. Un point est un point. Un trophée est un trophée. Reste encore à voir si les joueurs utiliseront du vice que le globe-trotter a pu utiliser par le passé. Comme le veut la légende, lorsqu’une équipe se déplaçait à Banjul, le sélectionneur de la Gambie demandait à ce que l’herbe de la pelouse ne soit pas tondue. Dans le but de la laisser pousser de quelques centimètres, suffisants pour empêcher les visiteurs de pratiquer leur football. Une anecdote qui ne serait pas surprenante, venant de l’homme ayant sorti cette phrase : « Pour moi, on peut être champion d’Afrique sans gagner un match au bout de 90 minutes. » Ambiance Portugal 2016.
Pour moi, le Mali peut être champion d’Afrique sans gagner un match au bout de 90 minutes.
Tom Saintfiet, ambitieux.
Seulement voilà : se contenter de transitions offensives n’est pas vraiment accepté auprès des supporters. S’attendant à un jeu plus étoilé au vu de la présence de Dorgeles, Sinayoko ou Mamadou Sangaré, brillant lors de la compétition, le public peut se voir floué. Or, cette approche collant aux plumes des Aigles, Tom Saintfiet cherche surtout à s’en défaire. Surtout au vu de la campagne de qualifications pour le Mondial 2026. Instaurant un 4-2-3-1 classique, laissant place au Brestois Kamory Doumbia, le Mali se fera surprendre dans déplacements à Madagascar ou au Centrafrique. Laissant la place à un Ghana, pourtant absent du voyage au Maroc. Après un nul sans relief contre la Zambie, le sélectionneur est revenu à sa ligne de conduite. Une discipline qui, sans tomber dans les comparaisons hâtives, peut nous faire penser à des références comme Diego Simeone ou José Bordalás. Celle intimant à ses joueurs un football bien loin de leurs qualités, mais créant une dynamique formidable. Peut-être qu’avec ceci, Bamako pourra enfin fêter l’arrivée d’un trophée dans ses rues.
Peu reluisante d’un côté, efficace et très dure à percer de l’autre, Tom Saintfiet a surtout dessiné le Mali à son image. Une réputation qui pourrait bien être foulée aux pieds au moment d’affronter le Sénégal, véritable favori de la compétition. Plein de respect pour les Lions de la Téranga, le cinquantenaire n’a pas manqué de rester sur son credo en conférence de presse : «Le Sénégal est favori, mais on a nos chances. Je pense que ce match va être une guerre. » Drôle de déclaration, quand on sait que les deux pays partagent la même devise : « Un peuple, un but, une foi. » Autant dire que Saintfiet ne vise que le but.
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